Christian Levrat veut donc rester à la présidence du Parti socialiste suisse (PSS) jusqu’en 2019, afin de le mener tambour battant aux prochaines élections fédérales, a-t-il annoncé mardi devant la presse. Et face à une droite conservatrice plus forte au Parlement, il «se réjouit des combats à mener». Le discours a au moins «le mérite d’être clair», pour 24 Heures. «La droite passe en force. C’est d’une brutalité peu commune», dit-il, et «arrogant». Et d’ajouter: «Cadeaux fiscaux, clientélisme, […] les masques sont tombés. La majorité privilégie l’armée, la route et les riches paysans, au détriment de la formation, de l’aide au développement et du social.»

Lire aussi: Christian Levrat repart au combat

Voilà. On appelle cela une politique d’opposition. Et ceux qui étaient présents hier à Berne «ont dû en conclure qu’une force de pouvoir révolutionnaire était arrivée en Suisse», aux yeux de la Neue Zürcher Zeitung (NZZ). Qu’elle fustige assez largement dans son commentaire: «Avec ce discours de combat, le PSS exprime une profonde crise existentielle», «ce ne sera pas une législature facile pour lui» puisque «sa politique ne consiste qu’en une logique de caisses pleines, peu importe d’où vient l’argent, il y a assez de «riches» et de «profiteurs» à imposer».

«Se jeter dans l’arène est donc devenu inéluctable, et le conseiller aux Etats se dit motivé», font remarquer Le Nouvelliste et les autres titres du groupe Hersant. Mais «sur le fond, le parti à la rose n’envisage […] pas de revoir ses plans. Il n’esquisse pas d’autocritique contribuant à expliquer le glissement à droite du parlement. Il s’applique plutôt à souligner les succès récoltés lors des précédentes législatures.» Bref, «on prend les mêmes et on recommence». Car «c’est bien connu: les socialistes ne sont pas des gens qui s’accrochent à leur siège» ironise un internaute de la Tribune de Genève. Même s’ils sont soutenus par leurs troupes:

Reste que le PSS, toujours pour la NZZ, «est devenu un parti de fonctionnaires de l’Etat». «L’UDC l’a bien compris», qui s’est glissée dans la brèche, même si elle, «elle voudrait jeter le bébé avec l’eau du bain». Ce président «ne représente pas une base démocratique, mais mène ses troupes d’une main de fer». «Sans idées, incapable de se réformer, bloqué sur la question européenne», le parti se laisse conduire par un président qui «dicte plutôt que discute», à qui il reste «à peine quatre ans» d’opposition. Il ferait bien de se demander, en décembre prochain, s’il ne faut pas choisir «un(e) chef (fe) qui laisserait davantage de place au pragmatisme». Ce qu’espérait 20 Minuten, mais qui s’est lourdement trompé, et on le lui fait savoir:

Le constat est à peine plus dur que celui des lecteurs du Matin, ulcérés des intentions exprimées par le PSS, mais qui peuvent aussi demeurer bienveillants tout en étant très clairs: «On te donne encore une ultime chance, alors ne la gaspille pas en la vilipendant dans la cause des réfugiés; concentre-toi donc UNIQUEMENT sur nos divers problèmes sociaux NATIONAUX, tels que ceux que subissent les petites gens défavorisées de CHEZ NOUS (les ouvriers subalternes, les petits retraités, les victimes nécessitant leur prise en charge par l’AI, etc., etc.)!»

«Levrat a échoué, donc il reste», résume le Blick. «Il avait joué avec l’idée de se faire remplacer à la fin de 2016», on oublie. «La stratégie s’avère risquée. Lorsqu’on prétend être un parti d’opposition, il faut aussi pouvoir fêter de temps en temps une victoire dans les urnes.» Pour ce président-là, «ce pourrait bien être sa dernière partie d’échecs». Watson.ch use de la même rhétorique, en écrivant que le PS «fait son Winkelried, qui a apporté autrefois la victoire à Sempach, mais qui est tout de même mort avec les honneurs au champ de bataille». Et a attrapé un gros coup de soleil à la Pentecôte?

Le Tages-Anzeiger se concentre, lui, sur cette idée du PSS d’aller aux élections de 2019 avec deux Romands à la barre, Christian Levrat mais aussi Roger Nordmann comme chef de groupe aux Chambres. C’est une claire «surreprésentation», pour le quotidien zurichois, sans compter qu’il n’y a «encore aucune femme» à l’horizon. Et sans compter, comme l’indique L’Agefi à la une, que c’est une bien «mauvaise nouvelle pour les entreprises qui ne jurent que par la visibilité législative et réglementaire», mais le PSS «est convaincu que la majorité des citoyens sont en phase avec la gauche malgré la nouvelle majorité au Parlement».

Ainsi, poursuit le quotidien financier, la deuxième formation politique suisse après l’UDC «considère que la précédente législature fut un succès pour la gauche et la concordance. Elle revendique en particulier la paternité de l’abandon du légendaire secret bancaire fiscal suisse à l’international. Ou la politique monétaire favorable à l’emploi. Le PSS veut aussi renouer avec son style populiste traditionnel en instrumentalisant les droits populaires pour lancer les débats nationaux de son choix. Comme le fait l’UDC depuis vingt ans avec un taux de succès de moins de 20% dans tous les domaines (y compris migratoires).»

Conclusion: «La connotation des termes employés […] confirme que la gauche continue de revendiquer le monopole de l’intérêt général, l’économie ne servant qu’à enrichir ceux qui s’en occupent. La droite a été plusieurs fois qualifiée de «cartel de droite», pour la coloration mafieuse.» La page Facebook de Christian Levrat ne dément pas:

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.