Revue de presse

Christian Levrat va quitter la tête du Parti socialiste suisse

Président depuis bientôt douze ans, le Gruérien a décidé de passer la main. Il n’est pas mécontent de son bilan, mais se montre aussi critique sur certains de ses échecs dans «La Liberté» et le «Blick»

«Im April ist Schluss!» titre le Blick. Si Christian Levrat vient d’être brillamment réélu au Conseil des Etats pour le canton de Fribourg, il ne briguera pas un nouveau mandat à la tête du Parti socialiste suisse. Il passera la main en avril après douze ans de présidence, indique le sénateur de 49 ans dans des interviews publiées mardi dans La Liberté et le quotidien de boulevard zurichois, reprises par l’Agence télégraphique suisse (ATS).

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«Cela fait un certain temps déjà que j’ai décidé de ne pas me représenter», précise le citoyen de Vuadens dans le quotidien fribourgeois. Et d’ajouter: «J’ai été président pendant douze ans, avec beaucoup de plaisir et d’énergie. Mais ça use, aussi bien sur le plan politique que personnel. Il faut savoir passer la main.» Même s’il y a «adhésion à ma manière de travailler», déclare-t-il encore ce mardi matin dans La Gruyère après sa reconduction aux Etats.

Interrogé sur l’influence du score historiquement bas du PS – 16,8%, le moins bon résultat depuis 1919 – lors des dernières élections, Christian Levrat reconnaît assumer «une part de responsabilité dans ce résultat». Il relève toutefois que tous les grands partis sont à leur niveau le plus bas. Ce mardi matin à 6h, la radio RTS-La 1re disait qu’il laissait en effet «un bilan mitigé», mais qu’il pouvait «avoir le sourire» en comparaison avec les autres PS européens, dont beaucoup sont laminés. Et l’homme peut avoir en effet «le sourire» quand il entend Yann Lambiel l’imiter dans l’émission Specimen de la RTS:

Durant cette législature, il a réussi à «contrer les initiatives trop libérales de la droite» et à trouver «un subtil équilibre entre l’aile modérée de son parti, prête au compromis, et l’aile plus militante qui voudrait supprimer le capitalisme ou l’armée». Mais sa décision étant maintenant prise, «c’est pourquoi nous avons décidé d’avancer le congrès du parti de novembre 2020 à avril», explique-t-il dans les colonnes du Blick.

Après les élections fédérales du 20 octobre dernier, plusieurs élus socialistes avaient publiquement demandé le départ de Christian Levrat. Parmi eux figurait la conseillère d’Etat zurichoise Jacqueline Fehr, qui estimait que le PS devait devenir plus jeune et féminin. «Mais si vous attendez de la reconnaissance en politique, vous avez tout faux», dit-il encore au Blick. En attendant, ses camarades de parti sont unanimes pour reconnaître ses mérites présidentiels sur sa page Facebook, alors qu’ils sont pour l’heure inexistants sur son compte Twitter. C’est sans doute cela, la vraie amitié.

Le Fribourgeois a pris la tête du Parti socialiste en 2008. A l’heure du bilan, il estime qu’un de ses succès «qui ont probablement le plus marqué la politique suisse, c’est l’élection d’Eveline Widmer-Schlumpf en 2007», à la suite de l’éviction de Christoph Blocher, «et l’installation pour huit ans d’un Conseil fédéral plus ouvert que celui des quatre dernières années». Et de mentionner également des succès dans des «votations importantes» comme celles sur le taux de conversion du 2e pilier, le Gripen ou encore la réforme de l’imposition des entreprises. A l’inverse, il voit dans l’acceptation de l’initiative «Contre l’immigration de masse» son plus grand échec.

«Rester unis»

Pour la suite, Christian Levrat invite son parti à rester uni et à «empoigner les réformes nécessaires dans le domaine de la santé, des retraites, de l’Europe et du climat» plutôt que de «plonger dans des abîmes d’introspection». En l’état, il dit ne pas pouvoir accepter l’accord-cadre avec l’UE, s’exprime aussi de manière assez critique sur l’attitude la Suisse dans l’affaire Krähenbühl à l’UNRWA et souhaite que les Verts préparent une(e) candidat(e) réellement «éligible» au Conseil fédéral.


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Interrogé sur le profil de son ou sa successeur(e), le Fribourgeois n’a pas souhaité se prononcer. «C’est typiquement le genre de question auquel un président quittant son poste doit s’abstenir de répondre», a-t-il avancé. Les délégués du PS choisiront leur prochain président lors de leur congrès en avril à Bâle. Les noms de plusieurs papables ont circulé dans les médias. Les conseillères nationales Mattea Meyer (ZH), Nadine Masshardt (BE), Flavia Wasserfallen (BE), Samira Marti (BL) et Barbara Gysi (SG) ont été évoquées, de même que les conseillers nationaux Cédric Wermuth (AG) et Jon Pult (GR).

«Etre et avoir été»…

A la question de savoir s’il ne continuerait pas «à tirer les ficelles» dans l’ombre, posée par La Liberté, il répond philosophiquement qu’«on ne peut pas être et avoir été. Ma priorité, désormais, c’est la défense des intérêts de Fribourg. Je pourrai y consacrer davantage de temps. […] Le Conseil des Etats offre le privilège d’agir sur un champ politique très large. Et, pour être honnête, je ne serai pas fâché d’être davantage épargné par les sollicitations des médias.»


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