Tout le monde parle de Christophe Darbellay. Tout le monde ricane ou soupire face cet homme qui a perdu la face. Qui a fait le contraire de ce qu’il prônait. Et c’est vrai que pour les adeptes du libre désir, il y a quelque chose de cocasse à voir ce mari et père exemplaire se prendre les pieds dans le tapis de sa propre moralité. Mais quoi qu’on en dise et qu’on en rie, l’infidélité de Christophe Darbellay – un bébé après un coup d’un soir, quand même, belle efficacité! – n’est pas le problème moral de la collectivité. A chacun de dealer avec sa conscience, ses convictions, ses appétits. D’ailleurs, comme clament les bons vivants, mes amis: ce n’est pas parce qu’on aime le baba au rhum qu’on doit bouder le millefeuille. Rien n’empêche Florence, l’épouse bafouée, de développer son goût pour la pâtisserie…

Le problème de la double vie n’est pas éthique, il est pratique. L’infidélité épuise. Sans rire, il existe un surmenage de l’adultère. Un burn-out de la coucherie. Car il en faut, de l’énergie et de l’organisation pour mener de front deux, trois relations. Déjà il y a l’agenda. Il s’agit de caser les doux rendez-vous sans éveiller de soupçons à la maison. Bien sûr, c’est plus facile quand la maîtresse n’est pas la voisine de palier et que Monsieur travaille pour la nation. A ce propos, question: combien de politiciens profitent-ils de leur mandat à la capitale pour batifoler hors foyer? Si de nombreux opposants de Christophe Darbellay se sont montrés discrets, ces derniers jours, c’est peut-être que beaucoup d’entre eux ont aussi des bébés bernois à gérer…

Après l’agenda, il y a les remous de la relation. Un couple, ce n’est déjà pas simple. Mais deux, trois chéris, chéries qui interrogent leur âme dans tous ses états, je vous laisse imaginer la surchauffe pour le pivot, celui qui est au centre et doit jongler avec les émotions.

C’est là que la cabriole devient incompatible avec les hautes fonctions. Le trompeur n’est pas un pécheur, c’est un individu surmené. Coucher dehors ne prend pas que le corps. Coucher dehors prend la tête. L’adultère est chronophage et accaparant. C’est à cet endroit que la vie privée des Christophe Darbellay et Cie commence à concerner la collectivité. A moins d’être François Mitterrand et d’avoir la littérature et le staff pour alliés, compliqué, très compliqué d’assurer la bonne marche de l’Etat lorsque son agenda et son esprit sont parasités par des soucis de lit. Lutiner ou gouverner, il faut trancher.


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