Editorial

Christophe Darbellay n’a pas le droit à l’erreur

Le démocrate-chrétien a composé son gouvernement fantasmé. Après avoir sévèrement critiqué le dernier Conseil d’Etat, il devra incarner ce Valais moderne et ouvert qu’il a inlassablement vendu à ses électeurs

De retour au pays, Christophe Darbellay triomphe. Après une campagne vénéneuse, les Valaisans ont choisi de retirer les clés du gouvernement à Oskar Freysinger pour les lui offrir. Le démocrate-chrétien n’obtient pas la première place au classement d’une élection mouvementée. Par contre, il a incontestablement formé le Conseil d’Etat qui peuplait ses fantasmes. Il fait désormais figure de roi du canton.

Ces dernières semaines, Christophe Darbellay a désigné un par un les quatre ministres avec lesquels il souhaitait travailler. Au cours d’une longue guerre, le démocrate-chrétien a su exploiter les colères des Valaisans pour bouter son vieil ennemi Oskar Freysinger hors du gouvernement. Sur sa lancée, il évite même de s’embarrasser du socialiste Stéphane Rossini, qui aurait pu incarner un contre-pouvoir au sein du collège.

Dix ans après avoir évincé Christoph Blocher du Conseil fédéral, Christophe Darbellay fige à jamais son image de tueur d’UDC. Affaibli par une participation à l’exécutif jugée insatisfaisante par l’unanimité de la classe politique valaisanne, le parti d’Oskar Freysinger retrouve aujourd’hui l’opposition. L’UDC maîtrise parfaitement l’exercice. Avec près de vingt pour cent des sièges du parlement, elle saura mener la vie dure à ce gouvernement.

Suivant les suggestions du roi, les fourmis de Christophe Darbellay ont plébiscité la socialiste Esther Waeber-Kalbermatten et le libéral-radical Frédéric Favre, pourtant méconnu. Fatigués par cent cinquante ans de combats acharnés, les radicaux savent désormais tout ce qu’ils doivent à leurs vieux rivaux démocrates-chrétiens. Leur candidat héritera vraisemblablement du ministère des finances. Quoi qu’il en dise, Frédéric Favre restera l’obligé du PDC.

En campagne depuis des mois, d’abord contre les conservateurs de son parti, puis contre Oskar Freysinger, Christophe Darbellay a systématiquement vendu aux électeurs le rêve d’un Valais moderne et ouvert, qui préfère participer à la Suisse plutôt que de se retrancher dans les montagnes. Il a fini par convaincre, suscitant des espérances inouïes chez ses électeurs. Il devra désormais concrétiser cette vision futuriste teintée d’heureux sentiments.

Ces dernières années, Christoph Darbellay a sévèrement critiqué un Conseil d’Etat trop faible, qui souffrait d’un manque de leadership. Le discours d’humilité qu’il décline au soir de son élection ne trompe personne. Bénéficiant du soutien de ses fidèles alliés, il sera le chef naturel du prochain gouvernement. Si ses ministres se contentent de gérer leurs affaires courantes sans collaborer pleinement, les Valaisans ne le lui pardonneront pas. Le nouveau roi a obtenu tout ce qu’il voulait. Désormais, il n’a pas le droit à l’erreur.


Lire également:

Publicité