Revue de presse

Christophe Darbellay et son père accablés de propos déshonorants

Une nouvelle affaire d’affiches, «diffamantes» celles-ci, vient empoisonner encore davantage la campagne électorale valaisanne. Deux plaintes pénales ont été déposées, dont une par Oskar Freysinger

Une campagne électorale valaisanne ne sera décidément jamais tranquille, comme le prouve aisément et quotidiennement la très pimentée «chronique décalée du second tour» du Nouvelliste. Mais cette fois, l’affaire semble plus grave: une plainte pénale vient d’être déposée contre une affiche portant atteinte à Christophe Darbellay et à son père. Comme le graphisme est similaire à celui utilisé par l’UDC, Oskar Freysinger a également déposé plainte.

Les deux sont «en rage», écrit le Walliser Bote, confirmant que la «vraie» campagne, en attendant le second tour, se fait aussi sur Facebook, vu l’ampleur qu’a rapidement pris le sujet, comme d’ailleurs tous les autres en relation avec cette élection. Les affiches ont été placardées sur les grands axes du Valais central, dans les régions de Savièse, de Conthey, de Fully, a précisé à l’Agence télégraphique suisse (ATS) Christophe Darbellay, étayant une information diffusée jeudi par la radio Rhône FM. Elles sont jugées diffamantes pour le candidat au Conseil d’Etat valaisan et pour son père.

Lire aussi: Qui a créé des fausses affiches de Christophe Darbellay? (18.09.2015)

Que disent-elles? Que «Chris D.» est «fils de faussaire»… «et bientôt conseiller d’Etat?». Précisant, sous le visage du candidat au Conseil d’Etat arrivé en tête de course dimanche dernier lors du premier tour, que «Papa a piqué 280 000 francs à l’Ecole d’agriculture de Châteauneuf en 2003 pour ma campagne. Mais c’était dans l’intérêt des Valaisannes et des Valaisans. Papa m’a toujours dit: «Fils, tu ne travailleras point.» Les juges apprécieront.

Christophe Darbellay, qui a publié une photo de l’affiche sur son mur Facebook, ne fait pas de commentaires sur les auteurs supposés. «J’ai confiance en la police et en le Ministère public», indique-t-il. Ici, les commentaires vont bon train. Il y en a plus de 200. Qui dénoncent pour la plupart cette affiche, comme Isabelle Devanthéry: «N’ayant pas atteint leur but en s’attaquant à sa vie privée, ils s’attaquent aux parents… Grandeur d’âme et d’esprit qui se traînent au niveau de la fange. Et qu’on ne dise pas qu’à ce jour on ne sait pas de qui il s’agit. Ceux qui les protègent sont encore pires.»

«Un atout pour la majorité… Un type normal»

Il y en a aussi qui ironisent, quoique bien plus rares. Djamila Arlettaz: «Je comprends pas cette affiche!! C’est pour faire du tort à Darbellay? Moi j’trouve que ça le rend bien plus humain encore!! Quelqu’un de normal avec son lot de tares familiales. Quoi, faut entrer dans le moule pour être Valaisan, ou bien??? J’crois pas! Plutôt l’inverse… J’dis pas qu’être alcoolo et chauvin serait un atout. Mais bon sang, ce type représente n’importe qui sur cette page! Donc un atout pour la majorité… Un type normal.»

Au post Facebook de RTS Info sur le sujet, une téléspectatrice s’offusque: «Le TJ 19h30 à l’instant… Ça ne va pas fort côté Valais – il y a vraiment des gens tordus […]. Pour faire accuser l’adversaire, celui qui gêne (Oscar Freysinger). Des tordus de droite ou de gauche ou, allez savoir, du centre voire du PDC, du PS ou des Verts… placent des affiches sur M. Darbellay (OK, je ne l’aime pas, mais…) et M. Freysinger a raison de déposer plainte aussi, puisque M. Darbellay l’a fait! La seule chose que le Valais et que le PDC doivent espérer, c’est que ce qui est écrit est faux, car sinon on se croirait presque en France!»

Un «sprint final intense»

«C’est juste scandaleux et dégoûtant d’attaquer ainsi un père de famille qui a travaillé toute sa vie et qui donne bénévolement de son temps pour les autres. Je suis écœuré!», confirme la victime à 20 minutes. Ce qui fait dire à la Tribune de Genève que «le sprint final est intense» et que «l’hostilité ambiante n’arrange rien»: «Oskar Freysinger se bat comme un beau diable. Il tente notamment de séduire l’électorat germanophone, en insistant sur ses racines haut-valaisannes. Au micro de Canal 9, il a prévenu les Valaisans qu’ils devraient lui payer une rente à vie en cas de non-réélection. Une gaffe?» Non, «c’est la réalité de la loi», dit son président de parti: «On risque malheureusement de mettre à la retraite un ministre dans la force de l’âge qui a prouvé ses compétences.»

Alors justement, Oskar Freysinger a aussi réagi à cette affaire d’affiches. Il annonce avoir déposé plainte contre X auprès du Ministère public. «L’utilisation par les auteurs d’un graphisme rappelant les affiches de l’UDC pour l’expulsion des étrangers criminels est diffamatoire à mon égard.» Sur sa page Facebook, il écrit encore que «l’affiche contre la famille Darbellay est abjecte. Je ne la publierai pas sur ce mur. […] J’ai […] demandé que la police enlève ces affiches ignobles le plus vite possible. Cette campagne atteint des bassesses que je n’ai jamais vues.» Les commentaires à ce post – plus de 80 – sont, dira-t-on, contrastés.

«Je n’ai aucune idée d’où viennent ces affiches», a expliqué Oskar Freysinger, interrogé par l’ATS: «On a tenté», dit-il, «de rapprocher ça de notre parti. Or nous n’avons aucun intérêt à faire une telle affiche puisque le candidat cité […] est déjà élu. Il faudrait être absolument idiot pour faire ça.» Et d’ajouter: «Nous avons fait une enquête interne pour savoir qui aurait pu faire ça chez nous. Je vous jure, à l’heure actuelle, impossible de trouver quelqu’un. Je trouve ça franchement affligeant. J’ai eu un contact avec Christophe Darbellay qui m’a donné quelques soupçons. Pour l’heure, il n’y a rien d’étayé», assure-t-il.

Un tour psychanalytique

Le Nouvelliste précise que la plainte du conseiller d’Etat UDC suscite également une réaction de Barbara Lanthemann, présidente du PS, sur sa page Facebook. «Durant toute la campagne, Oskar Freysinger a ventilé ses insultes à l’encontre de Christophe Darbellay, écrit-elle. Aujourd’hui il lui caresse la nuque… et déclare être outré par des affiches. L’hypocrisie n’a décidément pas de limites…» Ce à quoi répond une internaute: «Pour avoir écouté pas mal de débats, je n’ai pas entendu d’insultes d’OF vis-à-vis de CD. et la question que je me pose est: est-ce que vous ne faites pas un transfert entre les UDC sur la Toile et OF? Ou alors j’ai peut-être loupé des épisodes.» Du coup, cette campagne prend un tour quasiment psychanalytique.

Si les coupables devaient «être des personnes de mon parti, ces personnes seraient exclues manu militari très rapidement, c’est clair. C’est intolérable, c’est nul et bas, à l’image de la campagne. J’espère que cela n’aura pas d’impact sur le second tour», conclut le conseiller d’Etat sortant. Celui-ci aura lieu le 19 mars. Sept candidats se disputeront les cinq sièges. Christophe Darbellay est de facto élu, car seul candidat domicilié dans la région constitutionnelle Bas-Valais. Oskar Freysinger a été relégué en sixième position et tentera de décrocher le cinquième siège.

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