Revue de presse

Christophe Darbellay est venu, il a vu et il a vaincu le blocus de Crans-Montana

Le conseiller d’Etat valaisan a mis d’accord tous les acteurs du Haut-Plateau. Il faut maintenant réparer les dégâts d’image, disent les médias, avec la candidature de Sion 2026 en ligne de mire et un milliardaire tchèque au milieu de la cible pour compléter la fable

Le litige financier entre la société de remontées mécaniques Crans-Montana-Aminona (CMA) et les communes de la station valaisanne a trouvé une solution. Les partenaires sont parvenus à un accord jeudi à Sion. Le président du conseil d’administration de CMA et les présidents des trois communes se sont rencontrés deux heures durant sous l’égide du conseiller d’Etat valaisan Christophe Darbellay, chef du Département de l’économie et de la formation. Le résultat de ces discussions permet une réouverture des pistes dès ce vendredi.


Lire aussi:


Si «aujourd’hui on skie» sur le Haut-Plateau, c’est donc «grâce à Christophe Darbellay», comme le clame à la une Le Matin. Mais maintenant, «on a beaucoup à apprendre de ce drame», dit le magistrat au journaliste qui commence par le provoquer un brin en lui demandant s’il n’a pas «un peu honte» de son canton «face à une telle valaisannerie». Réponse: «Non, j’en suis fier! On a montré qu’on était capables d’affronter les crises et de les résoudre. Les installations ont pu rouvrir avec une rapidité inattendue, en réunissant des gens qui ne se parlaient plus que par avocats interposés depuis des mois. C’est une réussite», après que la station eut fait parler d’elle loin à la ronde:

Le PDC qui peut fêter aujourd’hui un joli succès «diplomatique» possède aussi un certain sens de la formule: «Il y a deux jours, il n’y avait que des perdants. Aujourd’hui je pense qu’il n’y a plus que des gagnants.» En toute modestie: «J’ai fait ce que je ne fais pas si bien d’habitude: écouter. J’ai cherché à déceler les sensibilités de chacun, les lignes rouges à ne pas franchir. Et même si quelques gouttes de sang du Haut-Plateau coulent dans mes veines, je ne suis ni dans un camp ni dans l’autre.» Il s’est aussi félicité de cette neutralité dans le Forum de RTS-La 1re, non sans quelques piques lâchées ici ou là:

N’empêche. «Bonnes vacances quand même», ironisait L’Echo, en Belgique, ce jeudi, face au dégât d’image qui est bien là. Et ceux qui sont contre les JO 2026 – ceux que Christophe Darbellay qualifie de «pleureuses» – se sont engouffrés dans la brèche. Pour la présidente du PS du Valais romand, Barbara Lanthemann, qui s’exprime dans la Tribune de Genève et dans 24 heures, déjà que «la population est sceptique» et qu'«il y a un manque de confiance total», cette clochemerlesque affaire qui a fâché des touristes parfois venus de loin «ne fait qu’augmenter l’inquiétude» quant à une candidature olympique. Mais ce n’est, semble-t-il, pas le cas de sa directrice de la communication:

Pour l’heure, la leçon à tirer de la levée de ce blocus après l’enterrement de la hache de guerre, c’est encore le conseiller d’Etat qui la donne dans les deux quotidiens lémaniques. Veni, vidi, vici: «Nous avons montré que nous pouvions nous mettre en ordre de bataille et que nous sommes en mesure d’affronter les difficultés.» Qui, en l’occurrence, tournent beaucoup autour de la figure de l’actionnaire majoritaire de CMA, Radovan Vitek. Le Blick l’attaque directement ce vendredi matin. Selon le quotidien zurichois, c’est lui qui «fait du chantage au Valais» et qui «a coupé le courant» des remontées mécaniques. «C’est invraisemblable qu’il se passe une telle chose en Suisse», ont répondu les touristes et les locaux qui ne le vénèrent pas, aussi cités dans Le Soir de Bruxelles.

Après la fin de cette «prise d’otages», il y a donc eu «un vent de soulagement»: «Vacanciers, hôteliers, commerçants et habitants du Haut-Plateau» ont afflué sur la place Ycoor, écrit Le Nouvelliste. «Je suis apaisée. Espérons que les touristes n’oublieront pas notre belle station», lâche Stéphanie, 26 ans. «L’image de la station a été écornée, il nous faudra maintenant des années pour la redorer», s’indigne Gérard, qui fréquente les pistes du Haut-Plateau depuis vingt ans.

Pour un internaute du quotidien valaisan, l’autre leçon à tirer est que «la législation sur les concessions de remontées mécaniques doit être renforcée de façon à préserver le contrôle des collectivités publiques locales sur des sociétés privées parfois en mains étrangères». Voilà pourquoi, avec le débat sur les Jeux olympiques en toile de fond, cette fermeture du domaine skiable a autant «fait réagir sur les réseaux sociaux», disait Le Nouvelliste jeudi:

Frédéric Favre, dans le même journal, déplore: «JO ou pas, la fermeture du domaine skiable de Crans-Montana est dommageable pour l’image touristique du canton». Mais il soupire: «Il ne faut pas tout mélanger.» Concrètement, il rappelle aussi «que pour déposer le dossier de candidature auprès du CIO, le comité d’organisation doit signer des accords avec les propriétaires de remontées mécaniques. […] Selon lui, ce grand projet olympique ne doit pas être freiné à chaque situation de blocage que connaît le Valais.»

Jeudi encore, le titre valaisan livrait un éditorial qui n’a sans doute laissé personne indifférent. Extraits de ce petit morceau de bravoure, directement adressé, mais poliment, à «M. Vitek»: «Votre maison brûle. […] Vous possédez la moitié de la station et vous convoitez le reste. […] Vous avez choisi de confier vos affaires à un homme de la région. Cet intermédiaire gesticule beaucoup. Face aux communes, Philippe Magistretti a choisi le bras de fer. […] Il a choisi de priver vos clients de ski. […] Certains ne reviendront jamais. […] Vous avez sans doute le droit d’être fâché. Peut-être que personne ne vous avait dit que les sociétés de remontées mécaniques sont presque systématiquement déficitaires.»

En difficulté, les politiciens d’ici ont choisi de vous vendre leurs bijoux de famille. Malgré tout, ils revendiquent le droit de continuer à décider de tout

«Parfois mal à l’aise dans son costume de président, Nicolas Féraud a voulu jouer avec vos nerfs. Ce n’était pas une bonne idée. […] Je crois que vous connaissez déjà Christophe Darbellay. Depuis un peu plus d’une année, il est ministre de l’Economie. Il est inquiet parce que […] ce conflit […] pourrait nuire à un projet olympique auquel il tient beaucoup. […] Il y a quelques années, les Valaisans vous ont concédé un forfait fiscal plutôt intéressant. Aujourd’hui, ils aimeraient beaucoup vous parler, juste une fois. Allô?»

Publicité