La votation du 30 novembre sera (sur) chargée car nous voterons sur quatre initiatives fédérales et une modification de loi. A trop vouloir limiter les jours de votations, on oblige le citoyen à un énorme travail de documentation et de réflexion, ce d'autant que tous les thèmes soumis le mois prochain sont importants et nécessitent de se faire une opinion en âme et conscience. Je ne traiterais donc cette semaine que deux thématiques, réservant le reste du menu pour ma chronique de vendredi prochain.

Que penser tout d'abord de l'initiative sur l'imprescriptibilité des actes de pornographie enfantine? Spontanément, on a envie de soutenir cette proposition mais, après réflexion, on se dit que plus rien n'est imprescriptible de nos jours. Les peines raccourcissent, si ce n'est en principe du moins en fait. Les mises en liberté conditionnelle sont fréquentes et le bracelet électronique permet de désengorger nos prisons. On aime ou on n'aime pas, mais il faut être conséquent en ces matières d'ordre juridique.

En outre, le contre-projet est convaincant puisqu'il propose que la prescription pénale actuelle de 15 ans commence à partir de la majorité sexuelle de la victime, soit à 16 ans. Ainsi un enfant de 10 ans aurait jusqu'à l'âge de 31 ans pour dénoncer et poursuivre son abuseur, ce qui semble assez long pour qu'il ait pu se défaire des éventuelles conditions de dépendances le liant à lui. C'est sans doute pourquoi le Conseil fédéral et la plupart des partis politiques recommandent au peuple de rejeter ce texte.

Nous voterons également sur l'initiative intitulée «Pour un âge de la retraite flexible», exemple parfait de proposition populiste. Tous ceux qui, à 62 ans, gagneraient moins de 120000 francs annuels, soit 90% de la population, pourraient bénéficier d'une AVS anticipée sans réduction des prestations pour autant qu'ils cessent toute activité professionnelle. Il s'agit donc en réalité d'un vote déguisé sur la retraite à 62 ans, alors même que tous les indicateurs démographiques parlent pour une décision inverse.

Il faut savoir que la situation actuelle de l'AVS est déjà obérée par l'arrivée massive de la génération du baby-boom et, il faut le craindre, par la perspective d'un ralentissement économique. Dès lors, il serait particulièrement irresponsable que ceux qui ont vécu leur vie professionnelle dans un contexte particulièrement favorable, décident d'alourdir les charges des jeunes actifs dont l'avenir est pour le moins incertain.

Pourtant, les Suisses encore choqués par les milliards déboursés pour redresser la situation financière des banques, pourraient s'offrir le plaisir du coup de pied de l'âne en acceptant l'initiative, sans se rendre compte qu'ils feront eux-mêmes les frais de cette décision. D'ailleurs, le premier sondage de la TSR indique que, en l'état actuel des choses, le peuple est assez favorable à l'initiative. Il lui faudra donc une bonne dose de maturité politique et civique pour la refuser!

mh.miauton@bluewin.ch

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