«Si Mme Bonfanti avait été un homme, elle ne serait pas à la tête de la police, elle serait toujours dans son laboratoire»: c'est ainsi que s'est exprimé Alain Devegney, président du syndicat de la gendarmerie genevoise, sur les ondes de Léman Bleu. Il aurait dit aussi, au cours d'une assemblée syndicale, que sa supérieure hiérarchique devait son poste à ses relations intimes avec celui qui l'a nommée. Personne hormis un syndicaliste n'aurait pu tenir de tels propos et proférer de telles accusations sans faire immédiatement l'objet d'un anathème général et être condamné séance tenante à des excuses. Mais le Conseil d'Etat de la République a mollement ouvert une enquête, plaçant au niveau juridique ce qui relève au contraire de la bienséance administrative et de la relation professionnelle.

Au moment où un syndicaliste vient d'être promu à de hautes fonctions au Seco, le comportement inadmissible de son homologue genevois donne un bien mauvais signal. En effet, si les représentants des syndicats peuvent tout se permettre avec la plus grande impunité, c'est parce qu'ils usent de la force en permanence et qu'ils sont craints aussi bien par les politiciens que par les patrons pour cela. Ils ont donc été investis d'un pouvoir discrétionnaire sans aucun rapport avec leur réelle représentativité et sont devenus intouchables. Les lamentables dérapages d'Alain Devegney en témoignent.

Mais pourquoi, si tant est que ce soit vrai, la femme serait-elle accusée de cette nomination et non pas le fameux chef qui l'aurait désignée pour ces raisons douteuses? Sans doute parce que la pratique de placer ici ou là son conjoint, son concubin ou sa petite amie, ses enfants ou d'autres membres de la famille est de plus en plus répandue et les cas abondent du plus haut au plus bas niveau de l'administration. La France, dont tout le monde admet qu'elle vit la fin d'un système politique, connaît si bien ce phénomène que plus personne ne s'en offusque. Il semble même entré dans la modernité et la gauche comme la droite en ayant fait un usage immodéré, il devient bien difficile de lui trouver des détracteurs!

Pourtant, il serait déplorable que le népotisme (encore que l'étymologie de ce mot désigne plutôt le neveu que l'amant ou la maîtresse) essaime en Suisse car cette pratique, très en vogue sous l'Ancien Régime qui fut renversé pour son usage des privilèges, est indigne d'un Etat démocratique. Le choix d'un fonctionnaire et de tout autre mandataire payé par l'Etat doit rigoureusement exclure les copinages. Trop d'élus ou de grands commis profitent pourtant de leur pouvoir pour s'adonner au clientélisme, pour remercier certains de leurs bons et loyaux services, pour faire bouillir la marmite familiale ou pour bénéficier d'une garde rapprochée acquise à leur cause et encline à fermer les yeux. De tels comportements donnent malheureusement raison à la population qui aime à s'exclamer «tous pourris».

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