Beaucoup de bruit pour peu de chose. A son de trompe, la Télévision romande avait annoncé la diffusion d'une enquête produite par sa consœur alémanique. Au soir d'un dimanche enfin printanier, le public allait pénétrer dans la salle des machines du prétendu complot ourdi pour sacquer Christoph Blocher du Conseil fédéral. Le téléspectateur devait voir de ses propres yeux les auteurs supposés de cette opération de salubrité politique et recueillir leurs confidences. Bernique!

Chacune des personnes interrogées a pourtant pris grand soin de se pousser bien au centre de la photo. L'une pour se targuer d'avoir été le moteur de la péripétie; l'autre certifiant avoir reçu du ciel l'assurance d'une réussite de la manœuvre. Tout politicien un tant soit peu futé le sait: mieux vaut enjoliver qu'avouer son ignorance. Les authentiques tireurs de ficelles ont préféré, eux, rester dans la coulisse. Les vanteries et fanfaronnades de leurs collègues les font sourire.

Cette pâle incursion journalistique dans ce soufflé déjà retombé a néanmoins servi de prétexte à la traque lancée par l'UDC contre l'élue du 13 décembre. La «pelée», la «galeuse» aurait trahi le parti, ou ses pontes, en se prêtant au jeu de vils conjurés. Elle devrait pour cela être chassée de la bergerie des blancs moutons, elle et ses supporteurs grisons. Ce règlement de comptes à Blocher's City divise, en catimini, des sections cantonales. Elle éveille des tentations scissionnistes.

S'ajoutant à des succès électoraux locaux, le discours quasi-stalinien d'une direction insensible au doute donne le change. La voix des dissidents y est presque inaudible. Mais il y en a. Et près des sommets. Comme en témoigne une interview de Walter Frey, poids lourd du national-populisme zürcherart. Aussi influent soit-il, il aura de la peine à peser sur un ancien conseiller fédéral qui, se prenant pour Winston Churchill, en a l'entêtement. Réduit à touiller rancœurs et aigreurs, il rêve d'être appelé en recours par un pays en désarroi.

La réalité est, elle aussi, têtue. Une majorité parlementaire de rencontre s'est trouvée pour ne pas réélire un homme dont les convictions, le tempérament et le comportement étaient incompatibles avec la délicate formule collégiale du Conseil fédéral. Le droit de l'UDC à une équitable représentation au sein du gouvernement n'a pas été remis en question. Rien n'obligeait l'Assemblée fédérale à maintenir dans ses fonctions un ministre déméritant.

Il est désolant d'avoir à répéter ces évidences. Mais il importe de démentir les faussetés martelées par une faction en voie de radicalisation. Elle arrivera à ses fins si les deux partis du centre droit et, singulièrement, leurs présidents persistent dans des querelles de préau d'école enfantine. Elevés l'un et l'autre dans un canton où les rivalités entre radicaux et démocrates-chrétiens sont encore vives, ils rechignent à revêtir les habits neufs, taillés à la mesure des élections d'octobre dernier.

Allô, le centre! Le réveil a sonné.

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