«Certes, le peuple a ratifié le principe d'engagements de l'armée suisse pour des missions de paix à l'étranger mais il n'a jamais dit que ces missions étaient obligatoires.» Ce propos sinueux a été tenu par un solide député UDC romand, lors du dernier et pénible passage du programme d'armement devant le Conseil national. Il s'agissait, bien sûr, du débat tendu sur la proposition d'inclure dans ce programme le montant nécessaire à l'achat de deux avions de transport. La justification était pourtant évidente: avions susceptibles d'utilisation pour nos missions à l'étranger, au Kosovo et ailleurs; et pour le rapatriement d'urgence, en cas de crise, de nos compatriotes à l'étranger. Sans compter leur mise à disposition pour des opérations humanitaires à l'échelle internationale.

Eh bien, l'addition des voix gauche-verte et de l'UDC a tenu jusqu'au bout. Cause du refus de ces deux avions, tout le programme d'armement a été refusé. C'est à la gauche d'assumer la responsabilité de ses contradictions et à l'UDC d'assumer la responsabilité qu'elle prend vis-à-vis de notre armée, en privilégiant son allergie obsessionnelle à tout ce qui relève d'une dimension internationale de notre politique de sécurité. Car enfin, le peuple a voulu ces nouvelles missions de l'armée.

Il faut dire les choses comme elles sont. Le bloc rouge-vert n'aime pas l'armée, même dans son engagement humanitaire. Alors, elle déclare que cet achat n'est nullement prioritaire. Quant à l'UDC, elle ne peut se résigner à ce qu'elle ressent comme un dérapage de notre politique de sécurité, du rôle de notre armée. Envers et contre tout, elle ne veut entendre parler que de défense du territoire dans une tradition resserrée de neutralité armée. Ainsi, au nom du patriotisme, de la souveraineté, du peuple dont elle se réclame constamment, elle n'hésite pas à pratiquer l'irrespect démocratique et à déstabiliser toute notre politique de sécurité actuelle.

On constate, une fois de plus, que les succès électoraux opposés mais conjoints de la gauche et de l'UDC, à l'échelon fédéral, ont rendu la conduite politique de ce pays beaucoup plus difficile. Cela devrait renforcer la conscience d'une nécessité: celle d'une reprise de l'initiative politique, précisément, grâce à un rassemblement, au centre droit, des membres de la famille d'esprit libéral.

Dans ce sens, l'annonce d'une Union libérale-radicale, coordonnant les actions des partis radical et libéral, est bienvenue. Certes, la fusion ne se fera pas d'un coup; en raison surtout de vieux clivages cantonaux encore persistants. Il faut donner du temps au temps. Mais pas trop; pas au risque de perdre encore de l'impact. L'époque, du point de vue médiatique notamment, et par exigence de visibilité, demande une masse critique suffisante. Entre l'UDC et la gauche, Il serait bon pour le pays qu'un véritable Parti libéral-radical s'affirme sur la scène politique; qu'on le sente venir, à tout le moins, durant la présente décennie; notamment lors des prochaines élections fédérales.

Les réticents, les méfiants, voire les nostalgiques des affirmations bien séparées n'ont pas encore pris la mesure de ce qui se passe des regroupements nécessaires pour que s'impose, au service du pays, ce qui compte: soit des valeurs, des positions, une politique d'essence libérale. Dans un jeu devenu plus dur, plus massif, on ne peut plus se complaire dans ce qui sépare en famille; il faut la rassembler afin d'insuffler plus de force aux idées et aux actions qui doivent s'en inspirer.

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