Comme chaque automne, une nouvelle Miss Suisse vient d'être élue. Elle est évidemment jolie comme un cœur, à première vue sympathique et elle réside à Yverdon, ce qui flatte l'ego des Romands. Elle a décidé d'interrompre ses études menées au Cessnov et de reporter d'un an son examen de maturité prévu en juin prochain.

Tout cela se passerait de commentaire si, on ne sait trop pourquoi, une cérémonie d'adieux n'avait été organisée en son honneur par le gymnase, à laquelle la ministre vaudoise de la Formation et de la Jeunesse a cru bon s'inviter. Cela lui a valu d'être interpellée par un étudiant lui assénant qu'elle perdait toute crédibilité en soutenant par sa présence la beauté plutôt que l'intelligence. A tous ceux qui trouvent les jeunes trop mous, celui-ci redonnera espoir car il a, sur le fond, parfaitement raison.

En effet, il est difficile de croire que l'élection de notre Miss puisse avoir un lien quelconque avec l'enseignement qu'elle a reçu de l'établissement yverdonnois, les seules conditions posées aux candidates du concours étant d'avoir la nationalité suisse, d'être âgées de 17 à 24 ans et de mesurer au moins 168 cm, incroyable discrimination envers les plus petites dont je connais quelques spécimens d'une rare perfection plastique. Quant au formulaire d'inscription, il exige de révéler son tour de taille, de poitrine et de hanches mais pas ses notes en maths ou en philo. Rien donc qui justifie un hommage particulier émanant des honorables responsables de la science et de la culture du canton de Vaud...

Si ce n'est donc pas sous l'angle de la reconnaissance des performances intellectuelles que la présence de notre ministre se justifiait, était-ce alors en raison de ses convictions féministes? Non, évidemment, car le défilé de ces jeunes femmes en maillot de bain sous les spots renvoie trop directement au concept honni de la femme-objet pour satisfaire une idéologue de l'égalité...

Serait-ce alors pour faire une apparition people dans les médias? Non, cette hypothèse est trop désobligeante, surtout en plein débat politique sur l'opportunité du Musée de Bellerive que la représentante du Conseil d'Etat porte à bout de bras.

Pourquoi alors? Dommage que le jeune contradicteur se soit enfui au lieu d'aller au bout de son courage car il a privé l'assistance d'une vraie controverse publique, exercice devenu malheureusement trop rare dans les lieux d'enseignement. Tenant tête à la ministre, il aurait pu ajouter que la beauté est innée et non le résultat d'un effort personnel comme celui exigé par l'école pour acquérir savoir ou culture. La beauté représente même une forme d'injustice naturelle qui, tout enviable soit-elle, ne devrait susciter en sus ni éloges ni gloire, au risque d'amplifier les privilèges des nantis. Il aurait enfin ajouté que les jeunes, à Yverdon comme ailleurs, ont besoin d'adultes qui leur communiquent le goût de l'ambition intellectuelle en sachant reconnaître leurs mérites au lieu de flatter les penchants modernes pour la futilité et le matérialisme. Et cela vaut évidemment pour leurs édiles.

mh.miauton@bluewin.ch

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