Révolution dans les Balkans. Hier, Etat paria, vilipendé, isolé, bombardé par l'OTAN, la Serbie redevient jour après jour le pays-pivot de la région, celui sur lequel les grandes puissances tablent et, déjà, s'appuient bien que Belgrade n'entende toujours pas livrer Slobodan Milosevic au Tribunal pénal international.

Les nouveaux dirigeants serbes s'y refusent car ils veulent éviter de rouvrir les plaies de la guerre, de susciter un débat forcément douloureux sur les causes du conflit, les responsabilités des Serbes, des Croates et des autres peuples de l'ancienne Fédération. Ce serait, pensent-ils, un luxe que ni la Serbie ni les Balkans ne peuvent encore se permettre, mais l'étau se resserre pourtant autour de Slobodan Milosevic qui va bientôt devoir rendre des comptes à la justice serbe.

Cinq mois après sa chute, l'ancien président devrait avoir à s'expliquer sur des transferts d'or en Suisse, au lendemain des élections de septembre, sur les conditions dans lesquelles il a acquis l'ancienne résidence d'Etat qu'il possède aujourd'hui, sur des affaires de malversations financières, de corruption, d'enlèvements et d'assassinats d'opposants et de journalistes.

Les enquêtes sont ouvertes. L'hypothèque Milosevic sera levée sous peu. Les grandes puissances en sont d'autant plus satisfaites que les choses ne cessent de se compliquer au Kosovo. Là-bas, une partie, minoritaire mais déterminée, du mouvement national albanais joue la politique du pire, défiant l'ONU et les troupes de l'OTAN dans l'espoir de pouvoir constituer un jour un Etat de tous les Albanais – ceux du Kosovo, bien sûr, ceux d'Albanie évidemment, mais également ceux de Macédoine et du Monténégro.

Battus par les modérés aux élections municipales d'octobre dernier, les indépendantistes les plus radicaux craignent en effet que la démocratisation en cours à Belgrade n'incite la communauté internationale à refuser l'indépendance de leur province et à favoriser, au contraire, la recherche d'un compromis, désormais possible entre dirigeants serbes et Albanais modérés.

Pour tenter de l'empêcher, les radicaux multiplient les incidents dans la zone démilitarisée qui sépare le Kosovo de la Serbie depuis la fin des bombardements de l'OTAN. Large de cinq kilomètres, cette zone est interdite à l'armée fédérale et les extrémistes albanais sont ainsi libres de s'y attaquer aux civils et à la police serbe dans l'espoir de provoquer un nouvel affrontement entre Belgrade et les Occidentaux.

Parallèlement, les radicaux tentent de déstabiliser la Macédoine dont la population est à 30% albanaise. Etat issu de l'ancienne Yougoslavie, limitrophe du Kosovo et de la Serbie, la Macédoine a échappé jusqu'à présent aux affrontements ethniques mais il suffirait de très peu de chose pour la faire basculer dans le chaos. C'est tous les Balkans qui seraient alors menacés d'une nouvelle guerre. Le danger est si grand que l'OTAN envisage maintenant de réduire la zone démilitarisée, d'y laisser revenir l'armée serbe afin qu'elle y contre la guérilla albanaise avant que la Macédoine ne s'embrase.

Insensiblement, la Serbie devient l'allié des Occidentaux.

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