Israël est affaibli. L'élection d'un homme à l'image aussi déplorable qu'Ariel Sharon, d'un général qui a dynamité des maisons palestiniennes avec des familles à l'intérieur, d'un militaire condamné par la Cour suprême de son pays pour sa responsabilité dans les massacres de Sabra et de Chatila, d'un criminel de guerre, en un mot, qui aurait relevé du TPI s'il avait existé, brouille l'image de la seule démocratie du Proche-Orient.

Dans plus d'un éditorial et bien des esprits, Israël devient une sorte de Serbie qui aurait plébiscité un Milosevic. Les Palestiniens les plus radicaux ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. En n'arrêtant pas leurs violences, en appelant les Arabes israéliens à s'abstenir, ils ont joué le candidat du Likoud car ils voulaient, disaient-ils, qu'Israël montre son «vrai visage». De leur point de vue, ils n'avaient pas tort.

Ce nouveau premier ministre achève de faire d'Israël le responsable du blocage du processus de paix, un pays qui «tire sur des enfants» et ne sait pas se résoudre au compromis. Avec Ariel Sharon, une majorité d'Israéliens a cru s'assurer la sécurité. Elle n'a fait qu'offrir une victoire politique aux Palestiniens en défigurant Israël. Si le Likoud s'allie maintenant à la droite religieuse, le mal sera complet.

Non seulement Israël aura pour longtemps perdu la sympathie d'une grande partie du monde mais l'illusion grandira chez les Palestiniens que la guerre peut amener la victoire. La jeunesse et les mouvements islamistes se diront qu'ils peuvent gagner par la guérilla ce qu'ils n'obtiennent pas par la négociation, que l'exemple du Sud-Liban le prouve, qu'Israël perd ses alliés et n'est plus invincible. C'est le scénario de la guerre, des passions religieuses, d'un long détour vers le compromis qui finira, un jour, par s'imposer.

Alors, avant qu'il ne soit trop tard, un rappel. Ehud Barak n'a pas perdu les élections parce que les Israéliens ne veulent plus de la paix. Ils ont voté Sharon parce que leur premier ministre avait accepté un partage de Jérusalem cet été à Camp-David, qu'il s'était ensuite résolu à un partage de la Vieille-Ville et à une souveraineté palestinienne sur l'Esplanade des Mosquées et que les Palestiniens ont répondu en demandant le droit au retour de trois millions et demi de réfugiés – en Israël et non pas dans la future Palestine.

Au moment où un gouvernement israélien franchissait le pas décisif, la direction palestinienne est sortie du cadre fondamental de la négociation: deux Etats pour deux peuples. Réclamer la reconnaissance de ce droit au retour, c'était nier le droit des Israéliens à leur Etat, exactement comme les Israéliens avaient si longtemps nié les droits palestiniens. Parce qu'ils ont craint de n'être pas suivis par les réfugiés, les dirigeants palestiniens ont refusé un accord qui leur offrait un Etat avec Jérusalem pour capitale.

Il n'est pas étonnant que ce refus ait conduit les Israéliens à donner leurs voix à un homme qui n'avait jamais cessé de dénoncer les accords d'Oslo. L'heure n'est pas à prendre parti pour un peuple contre un autre. L'heure est à renouer les fils de la paix.

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