«Et maintenant, des millionnaires qui aiment les impôts!»: le New York Times n'en revient pas mais il y en a, et non des moindres. George Soros, William Gates senior, père de Bill Gates, deux Rockfeller, David junior et Steven, Waren Buffett, quatrième fortune des Etats-Unis, Ben Cohen, fondateur des crèmes glacées Ben & Jerry's, en tout quelque cent vingt multimillionnaires en dollars viennent d'appeler George Bush à ne pas renoncer à la taxation des successions.

Cette abolition figure dans le plan de réduction des impôts que le nouveau président américain vient de soumettre au Congrès afin d'abaisser de mille six cents milliards sur dix ans la pression fiscale aux Etats-Unis. Tous les riches devraient applaudir, mais les pétitionnaires considèrent, eux, que cette suppression «enrichirait les héritiers des millionnaires et milliardaires tout en faisant tort aux familles qui se battent pour joindre les deux bouts».

«Cette baisse des revenus de l'Etat, ajoutent-ils, serait obligatoirement compensée par une augmentation de la pression fiscale sur ceux qui sont moins à même de payer ou par des coupes dans les systèmes de retraite et de couverture médicale, les budgets de la protection de l'environnement ou d'autres programmes si importants pour notre nation et son bien-être.»

Les pétitionnaires craignent également que les plus fortunés fassent moins de dons aux fondations et œuvres de charité s'ils n'ont plus à réduire le montant imposable de leurs biens, mais leur principal argument est pourtant ailleurs – et très américain. L'impôt sur les successions, explique Warren Buffett au New York Times, joue un «rôle capital» dans le développement de la croissance économique en créant une société dans laquelle le mérite individuel est plus rétribué que la naissance. «Supprimer cet impôt, dit-il, ce serait exactement comme composer l'équipe olympique de 2020 en prenant les aînés des médailles d'or des Jeux 2000.»

Des socialistes ne diraient rien d'autre. Ces millionnaires-là font du socialisme sans le savoir, du socialisme «troisième voie» en tout cas, celui qui voudrait tant marier l'esprit d'entreprise et la justice sociale. Des millionnaires ne font pas le printemps mais tout de même. Au même moment, la Californie, redécouvrant les vertus du service public et les inconvénients de la loi du profit, renationalise sa production d'électricité pour ne plus avoir à procéder à des coupures comme un pays du quart-monde.

Au même moment aussi, la colère monte dans tous les Etats-Unis contre la dégradation des transports aériens. En cinq ans, le pourcentage des vols retardés en raison de l'embouteillage des pistes ou du manque de personnel dans les tours de contrôle n'a jamais cessé d'augmenter. On en était l'année dernière à plus d'un vol sur quatre et le président de la Chambre de commerce des Etats-Unis, Thomas Donohue, pas exactement un forcené de l'étatisme, vient de déplorer que d'«importants investissements n'aient pas été faits depuis plusieurs décennies». En décembre, le Département des transports souhaitait, lui, que l'Etat se préoccupe de la construction de nouvelles pistes tandis que les associations d'usagers, pas vraiment des mouvements de laissés-pour-compte, s'en prennent aux carences des pouvoirs publics. Mais qu'est-ce qui se passe?

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