La demande est forte mais l'offre inexistante. Le monde, aujourd'hui, cherche désespérément les moyens de réguler l'économie mondiale mais cette quête de réponses à la crise demeure vaine. Il y a bien les hérauts du libéralisme qui vont répétant, hier encore à Davos, que le seul moyen d'éviter le pire serait de rajouter une nouvelle louche de dérégulation, de casser le FMI puisqu'il incarne, pour eux, tout le mal étatique, de pleinement laisser jouer, en un mot, l'invisible sagesse du marché. Les libéraux retrouvent ainsi la logique des idéologues communistes qui, comme eux, savaient expliquer l'échec des recettes par un manque d'orthodoxie dans l'application.

Chassez la déviance et le festin sera grandiose mais, même à Davos, ce discours ne passe plus car la crise financière, Asie, Russie, Brésil, ne cesse de s'étendre. Or, impureté des recettes ou pas, cette crise est celle d'une mondialisation qui a balayé les Etats et donné leur liberté aux marchés. Pour paraphraser Mme Thatcher, le libéralisme, ça ne marche pas, ça ne marche pas non plus, mais alors quoi?

Peut-on trouver, autrement dit, une troisième voie, un moyen terme entre le laisser-faire et la bureaucratie, ces deux maux que le vice-président américain, Al Gore, rejetait, vendredi dernier, en appelant à «faire rimer humanisme et mondialisme»? Belle ambition, rêve nécessaire auquel les électeurs occidentaux ont cru. Aux Etats-Unis comme en Europe, ils ont porté au pouvoir des hommes de gauche, socialistes, démocrates ou anciens communistes, mais qui, tous, incarnent une rupture avec le vieux modèle social-démocrate, celui de l'alliance privilégiée avec les syndicats ouvriers, de l'Etat-providence et de la redistribution des richesses par l'instrument fiscal.

Des deux côtés de l'Atlantique, les pays riches sont désormais gouvernés par une nouvelle gauche qui donne la priorité à la création de richesses, donc à l'entreprise, qui entend limiter les coûts de la protection sociale, s'appuyer sur les classes moyennes, réduire les impôts, moderniser l'Etat en recentrant ses efforts sur l'éducation et les investissements d'avenir. Tony Blair appelle cela «the third way». Elle fait beaucoup gloser. La démarche est excellente mais le fait est que ce bon sens retrouvé n'a guère produit d'idées neuves. Non seulement ces nouvelles gauches ne savent rien proposer en matière de régulation internationale mais à force de naviguer à vue, une pincée de social, deux de libéralisme, elles semblent déjà vieilles, sans vrai visage.

Attention! Comme la politique, l'économie se nourrit de confiance. Il lui faut des horizons, un cap, une langue commune. Pas plus que la politique, elle ne se satisfait du vide. Comme l'Amérique des années 30, le monde a aujourd'hui besoin d'un new deal, explicite et négocié – new deal entre générations pour les systèmes de retraite, new deal entre le capital financier et le capital intellectuel des individus, new deal, enfin, entre nations riches et nations pauvres.

Il faut moins d'Etat dans la protection sociale; plus de partage des risques, des responsabilités et des bénéfices dans les relations de travail; plus d'Etat dans les relations entre nations afin d'organiser le décollage des pays plèbes qui ont besoin, comme l'Europe à la fin de la guerre, d'une aide massive et d'un plan de reconstruction. La «troisième voie» existe. Il lui manque d'ajouter le volontarisme au pragmatisme.

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