Depuis le 1er août, il a beaucoup été question de l'extrémisme de droite. Les jeunes skinheads qui ont sifflé le conseiller fédéral Kaspar Villiger à cette occasion ont semblé, aux yeux de commentateurs, bénéficier de trop d'indulgence. Pour sa part, et devant l'ampleur des réactions, le conseiller fédéral relativise l'incident. Pourtant, en regard des sanctions de petites peccadilles commises au quotidien par tout un chacun, on préférerait que la vigilance s'exerce envers les fauteurs de troubles. On attend surtout de la force publique qu'elle garantisse l'intégrité des personnes et le fonctionnement de la démocratie.

Cela étant, toute société a ses contestataires et ses marginaux. Il faut bien laisser, ici, une marge d'expression et de manifestation. Ce sont les limites qui dont délicates à tracer. Le principe clé de la démocratie est la liberté, sauf pour qui s'en prend aux fondements de cette démocratie et à ses valeurs. Autrement dit, la loi contre le racisme entraîne logiquement la sanction contre ceux qui expriment, en paroles et en actes, leurs convictions et leurs pulsions racistes et anti-démocratiques. Toutefois, à l'époque où cette loi contre le racisme avait été votée, nombreux furent ceux qui émirent une crainte: celle qu'on l'applique trop strictement, de façon trop rigide et, qu'en restreignant excessivement la liberté d'expression, on ne favorise que le refoulement malsain des sentiments et nullement l'ouverture du cœur et de l'esprit. Cette crainte n'était pas dénuée de raison, même si les motifs de vouloir cette loi avaient davantage de poids. En fait, il appartient aux juges de dessiner une ligne juste et raisonnable quant à l'interprétation de la loi.

Mais les événements de l'été ont suscité une interrogation en sens contraire. La conseillère fédérale Ruth Metzler a donc mis au travail un groupe de réflexion. Il doit examiner si la loi actuelle contre le racisme n'est pas trop molle. Faudrait-il aller jusqu'à interdire même des manifestations privées, chez des particuliers, dès lors que l'idéologie totalitaire et raciste serait avérée? Le Conseil fédéral doit-il proposer une révision de la loi afin d'étendre son champ d'application et de renforcer les sanctions prévues?

La réponse n'est pas tellement simple. On peut retenir quelques critères d'appréciation. Tout d'abord, la vigilance démocratique doit être objective. Demain comme hier, l'extrémisme de gauche peut se retrouver porteur de violence et de germes anti-démocratiques, tout comme l'extrémisme de droite. Ajoutons-y la palette des fanatismes, nationalismes et intégrismes de toutes sortes. La loi doit, par conséquent, avoir un but large, la responsabilité d'en cibler l'application selon les circonstances étant l'affaire de l'exécutif et de la justice. Ensuite, il faut admettre une certaine latitude d'expression déplaisante, on ne peut fixer le degré zéro à cet égard. Enfin, l'opportunité serait douteuse d'élargir le champ d'application de la loi aux manifestations se déroulant en cercle privé, le caractère purement privé devant toutefois être vu de manière stricte et restrictive.

Pour tout dire, si la démocratie doit être ferme dans la défense de ce qui la fonde, contre ceux qui la menacent, elle ne saurait balayer dans tous les coins de la société. Ce ménage absolu est le propre des régimes policiers. Et, finalement, la meilleure parade résidera dans la clarté des attitudes collectives et individuelles qui émaneront de la population.

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