La Gay Pride dénude le Valais. La perspective de voir s'avancer dans les rues de Sion la parade de l'homosexualité militante répugne à une poignée de talibans. Ils ont exhalé leur répulsion dans un ignoble placard publicitaire qu'un quotidien local a eu la faiblesse d'accepter.

Tout y est, et dans un amalgame qui n'a rien de savant. Des statistiques controuvées sur la criminalité et le suicide font guirlande avec des affirmations à prétentions médicales et des fulminations tirées des Ecritures. La recette est connue. Elle fait florès auprès des esprits faibles. Dans ces troubles eaux prétendument bénites, ils puisent à pleins bols les chimères: sécurité, santé, salut. Les trois pour le prix d'un. Ceux qui apprêtent la potion ont la main sûre. Ils savent de science certaine comment entraîner le chaland dans leurs croisades. Il suffit de touiller les peurs ambiantes et de remplir les cars de pèlerins pour les lieux d'apparitions jamais attestées et d'illusoires miracles. Il ne reste plus ensuite qu'à dresser les bûchers sur lesquels seront verbalement brûlés infâmes, sodomites et tribades.

Les organisateurs de la Gay Pride ont éventé le piège des procès. Depuis que les auteurs d'affiches insultantes pour des femmes politiques ont été si légèrement condamnés que le jugement est, pour elles, un autre outrage, mieux vaut éviter les prétoires. Ils misent sur l'autre Valais. Celui-ci existe bel et bien. Il peine cependant à se faire entendre tant sont épaisses les parois d'une «tradition chrétienne» exploitée sans excessifs scrupules par la classe politique dominante.

Quelques-uns de ses représentants sont venus, la semaine dernière, exposer – comiquement parfois – aux païens et débauchés des cinq autres cantons romands leur désaccord avec les outrances de l'annonce controversée. Ils ne se privent en revanche pas d'en approuver le but. Ils jettent l'anathème sur cet exubérant débordement d'un goût discutable qui porte au grand jour une revendication on ne peut plus légitime. Ils affectent des airs dégoûtés quand des femmes et des hommes demandent la simple équité d'être reconnus dans leur différence. Strass et paillettes sont des cache-misère.

Cette spiritualité hautement brandie, et dont on ne perçoit pas forcément les signes de son imprégnation, devrait ouvrir la voie à une approche nuancée d'une manifestation à laquelle, au demeurant, nul n'est contraint ni forcé d'applaudir, d'assister ou de participer. Dépouillé de clichés hypocrites, le Vieux-Pays apparaîtrait pour ce qu'il est: accueillant dans ses stations les hôtes de tout poil et de tout plumage; attirant les amateurs d'art, de musique et de bien-vivre. Si ce Valais-là parlait plus haut et plus fort, les anciennes et anciens d'institutions religieuses réputées seraient mieux armés pour résister à la tentation de rappeler aux bigots l'extrême mansuétude longtemps témoignée par leurs Supérieurs aux «jeux diaboliques» de nonnes frôleuses et de bons Pères friands d'attouchements.

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