Sous ce titre évocateur, Le Point du 1er mai évoquait la façon dont les baby-boomers soixante-huitards (anniversaire oblige) avaient creusé une dette abyssale, pillant littéralement ses descendants. En France, le poids de la dette pesant sur les épaules de la génération de 1948 était de 24% du PIB, de 33% pour celle de 1968 et de 65% pour celle de 1988! Ces chiffres se passent de tout commentaire.

La population qui a souffert de la guerre s'est montrée économe alors que la suivante, pourtant gâtée, a ponctionné dans les caisses pour s'offrir encore plus de confort. La philosophie individualiste de Mai 68, hédoniste et libertaire, est en partie responsable de ce phénomène, mais pas seulement. Il y a eu aussi à partir de ces années-là la préséance d'une idéologie visant la redistribution des richesses au travers d'un Etat social jusqu'à l'absurde, l'arrosage prévalant sur le ciblage et le paternalisme sur la responsabilité individuelle.

La globalisation s'est ajoutée à cela, poussant les populations défavorisées du Sud vers les eldorados occidentaux. L'ampleur de ces migrations économiques a vu grossir les rangs des récipiendaires de la manne étatique tout en nécessitant une réadaptation des infrastructures. La grande alliance contre nature entre une gauche soucieuse que tous accèdent à la fête de la consommation et le capitalisme avide de main-d'œuvre nouvelle et bon marché a permis à chacun de vivre au-dessus de ses moyens.

Mais le dernier tiers du XXe siècle a connu bien d'autres casses monumentaux, dont les conséquences commencent à peine à se faire sentir. Les écologistes penseront bien entendu au réchauffement de la planète dont on accuse la (sur) activité humaine. Mais il y a aussi la crise alimentaire, fruit d'une politique à court terme dans un domaine pourtant essentiellement «durable». Il y a les dérives de l'enseignement, privant des bases élémentaires de la connaissance un nombre choquant d'élèves. Il y a cette violence des jeunes découlant de l'absence d'encadrement et d'éducation parentale constatée aussi bien dans des familles fraîchement immigrées que dans des milieux bourgeois depuis des siècles. Il y a ces foyers où les deux parents travaillent sans joindre les deux bouts alors que d'autres profitent à fond du système et s'en sortent mieux en bossant moins. Il y a cet accès incroyable à l'information et cette montée simultanée de la futilité et de l'obscurantisme. Il y a ces prodigieuses avancées de la médecine qui butent sur les maladies induites par la malbouffe ou le mal-être psychique...

Il faut dire que les porteurs d'une pensée raisonnable, s'opposant au matérialisme, qu'il soit politique, culturel ou consumériste, ne sont plus parvenus à se faire entendre dans la cacophonie moderne. Comme tous les empêcheurs de tourner en rond, ils ont été taxés de conservateurs, et leur discours est tombé en désuétude parce qu'il posait des limites là où Mai 68 voulait les transgresser. Pourtant, dans un grand retour de balancier, il semble que la génération montante y revienne. Merci à elle!

mh.miauton@bluewin.ch

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