Vous êtes belle et intelligente, ce qui explique qu'il vous aime tant. Vous vous êtes mariés, tous deux pour la seconde fois, afin de partager une vie qui ressemblait déjà à une course en avant, ce que vous avez, semble-t-il, accepté de bonne grâce. Vous vous êtes montrée une égérie efficace en partageant ses préoccupations, dirigeant son bureau et guidant ses actes. Toujours présente à ses côtés, vous assumiez donc une visibilité qui ne semblait pas vous déplaire et qui était d'ailleurs parfaitement justifiée compte tenu de l'importance de votre rôle. En un mot, vous avez soutenu ce mari qui voulait devenir un grand homme, rêve qui ne saurait vous avoir échappé, à vous qui le connaissez si bien, puisqu'il était évident au commun des mortels.

Puis vous avez annoncé aux gazettes que la fonction de First Lady n'était pas faite pour vous, que vous aimiez porter des jeans et des santiags, ce qui n'est d'ailleurs pas si anti-conventionnel que vous croyez. Vous vous êtes abstenue de paraître aux moments clés de la campagne, vous avez franchement boudé lors du grand soir qui marquait l'aboutissement d'une vie, la sienne, mais la vôtre aussi puisque vous aviez partagé ses ambitions. C'est là que vous fautez.

Bien sûr, il y eut entre-temps des fêlures dont le public ignore la nature car elles ressortissent de votre vie privée. Vous êtes partie, puis revenue, il s'est un peu vengé, à moins que ce ne soit le contraire... Autrefois, lorsque mariage et amour étaient soigneusement tenus à l'écart l'un de l'autre, le couple résistait à ces choses-là. Mais aujourd'hui qu'il est fusionnel, et vous l'avez vécu comme tel, une décision sur l'avenir de votre vie conjugale devait être prise avant qu'arrive le moment où elle vous échappe. En effet, nul ne peut vous reprocher d'aspirer à une vie plus pépère, mais après avoir épousé cet homme-là et l'avoir aidé, c'est un peu contradictoire. Si vous aviez rompu avant l'échéance fatale, nul ne vous en aurait voulu et le tort porté à la vie politique de Monsieur Sarkozy aurait été bien moindre que si cela devait arriver désormais qu'il appartient à la France autant qu'à vous.

En ayant décidé de résider à l'Elysée, vous n'êtes plus maîtresse de votre destin, sauf à vous déconsidérer. En effet, l'union, toujours difficile, de deux êtres et les sacrifices que cela implique, ne se justifie que par la recherche d'un enrichissement réciproque. Ce fut à l'époque la mise en commun de terres et domaines, l'échange d'une dot contre un blason, mais surtout et toujours la mise au monde d'enfants élevés grâce aux soins conjugués du couple. Aujourd'hui, que le mariage est bâti sur l'amour, sentiment très beau mais très fragile, très exaltant mais très difficile à vivre dans la durée, rien de ce que vous pourriez faire qui nuise au Président ne vous sera pardonné, surtout si l'enjeu n'est que de satisfaire vos aspirations personnelles.

Et la modernité ne change rien à tout cela... sauf que le raisonnement est applicable à François Hollande comme à vous, chose évidemment impensable autrefois!

mh.miauton@bluewin.ch

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