L'étude Sophia de l'Institut d'études économiques et sociales MIS Trend, présentée hier lors du Forum des 100, portait cette année sur l'état d'esprit vis-à-vis de l'économie et de la compétitivité. Difficile de réduire les nombreux enseignements qu'elle apporte aux 3000 signes de cette chronique mais essayons!

Les Suisses, qu'ils soient leaders d'opinion ou simplement représentatifs de la population comme vous et moi, montrent une très grande confiance (trop grande?) dans toutes les institutions de base du pays: le système politique, les structures de formation (avec un petit bémol pour l'école obligatoire), le niveau de l'emploi, les conditions de travail, le dynamisme de l'économie et des patrons, surtout ceux des PME, la prise en compte de l'environnement, et j'en passe. Selon l'opinion publique, nous serions (nous sommes peut-être) les meilleurs. Cette conscience des atouts de la Suisse ne fait pas de mal, quoiqu'on pense de son petit côté y'en a point comme nous, et elle est nettement préférable à la crise de conscience débilitante des années 90.

Elle a malheureusement pour corollaire la peur de voir disparaître ce paradis. La concurrence née de la mondialisation, le choc des économies émergentes, la pression du changement alors que tout semble aller si bien, tout cela inquiète les Suisses et rend leurs perceptions ambiguës. C'est ainsi que la moitié de la population craint un avenir instable ou décadent, de même que trois leaders sur dix.

A cela s'ajoutent les grandes craintes environnementales révélées lors de la précédente édition de l'étude. Le souci que suscite le futur de la planète représente un frein puissant au nécessaire renouvellement de nos infrastructures. On accepte de remplacer (les centrales nucléaires), d'élargir (les tronçons surchargés de nos autoroutes), de doubler (les voies CFF) mais pas de construire du nouveau, qu'il s'agisse de centrales nucléaires ou d'un aéroport supplémentaire. Pourtant, sans craindre la contradiction, les Suisses estiment qu'on ne leur propose pas assez de projets porteurs.

L'opinion la plus préoccupante est celle qui concerne le progrès technologique, accusé à la fois de péjorer la santé, les relations sociales et d'accentuer les inégalités. Quelle ingratitude! Heureusement, 65% des Suisses finissent par admettre qu'il apporte plus de choses positives que négatives, alors qu'en Allemagne, par exemple, on ne trouve plus que quatre personnes sur dix pour y croire! Dernière fausse note, une nette majorité de la population et quatre leaders sur dix jugent préférable de stabiliser la croissance plutôt que de la favoriser. Voilà un état d'esprit qui nuira à notre compétitivité future, elle qui se nourrit d'enthousiasme, de goût du risque et de foi en l'avenir.

Les Suisses révélés par Sophia semblent penser comme Paul Valéry qui disait «tout change, même l'avenir n'est plus ce qu'il était!» Sauf que lui en riait!

mh.miauton@bluewin.ch

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