S'il est vrai que qui paye commande, le système financier sera bientôt encadré par de sévères garde-fous gouvernementaux, ce que (presque) tout le monde appelle de ses vœux afin «qu'on ne revoie jamais ça». Quelle naïveté!

Les Etats qui versent des milliards aujourd'hui pour renflouer des banques secouées par la crise des «subprime», les ont préalablement encaissés en impôts sur les fortunes générées par cette bourse qui s'effondre après avoir flambé. Et les fonds de retraites publiques de ces mêmes gouvernements, croyez-vous qu'ils étaient placés dans l'économie de proximité, afin de la vivifier, ou plutôt dans ces mêmes banques qu'il s'agit d'aider aujourd'hui? Est-ce pour cela qu'aucun chef d'Etat n'a jamais prévenu le citoyen que tout pouvait s'effondrer alors même que c'était prévisible?

Mais ces citoyens, au-delà de ce qui leur est ponctionné par le deuxième pilier, dont on sait qu'une bonne partie des fonds alimente la finance internationale, comment croyez-vous qu'ils placent leurs économies? En actions achetées au gré de leurs sympathies pour des entreprises auxquelles ils font confiance, comme au bon vieux temps? Non, évidemment, car leur argent se retrouve, mêlé à celui de tous les autres, dans des produits aux noms incompréhensibles, expliquant dans un jargon obscur que les risques sont ainsi nettement moindres. Et Monsieur et Madame Tout-le-monde de s'en aller rassurés.

Pour dire vrai, le système actuel part à la dérive non parce que le libéralisme faillit, mais parce qu'il est indissociable d'un sens aigu des responsabilités de tous ses acteurs, qui fait défaut aujourd'hui. Dès lors que notre société n'a d'autre principe que le profit individuel maximum et à court terme, tous les excès sont permis et donc consommés.

Même s'il y a toujours eu des profiteurs et des malhonnêtes, on n'a jamais vu qu'une organisation entière soit basée sur de telles dérives. Au contraire, un consensus social fort sur certaines valeurs permettait autrefois à la société tout entière de jouer ce rôle de gardien que l'on prétend aujourd'hui confier à l'Etat. Sans revenir à l'époque où les entrepreneurs se suicidaient en raison d'une faillite par exemple, toute cette caste qui se serre les coudes pour préserver ses salaires indécents, ses parachutes dorés et ses bonis mirifiques ne doit-elle pas, au moins, les rembourser à ses employeurs respectifs?

Mais même si ceux-là sont particulièrement responsables, c'est tout un système qui est en cause dès lors que chacun veut profiter de cours en bourse qui s'envolent tout en étant épargné lorsqu'elle s'effondre. Hier matin encore, dans une émission de la RSR consacrée à la crise, des auditeurs évoquaient sans vergogne l'opportunité d'acheter des actions actuellement au plus bas pour tenter une bonne affaire!

Décidément, au lieu de dénoncer les responsables de la crise nous ferions mieux de déplorer la crise des responsabilités.

mh.miauton@bluewin.ch

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