Discutez avec des jeunes de sujets politiques. Bien sûr, vous pouvez expliquer des affaires importantes qui ont été au programme de la dernière session du parlement fédéral: mais ce n'est pas simple de montrer que, chaque fois, il y a des enjeux précis et des cohérences à envisager. C'est pourtant cela, la vraie politique. On devrait en parler dans le cadre scolaire; d'autant plus que l'on constate une difficulté inquiétante à structurer et à exprimer une pensée. Imaginons le pire: une société dans laquelle les citoyens ne réagiraient plus que par à-coups, par focalisation sur des thèmes inondant Internet et jetés à l'opinion comme des publicités commerciales. L'effet réflexe en vase clos remplacerait la mise en perspective et tout jugement d'ensemble. Nous n'en sommes pas là, mais le danger d'une telle dérive existe. Si l'explosion informatique n'est pas accompagnée de culture, elle pourrait vider la démocratie de sa substance, au lieu d'en étendre bénéfiquement les canaux de pénétration.

Pour discuter avec des jeunes, par exemple de la dernière session parlementaire, vous aurez avantage à capter leur attention grâce à des sujets dits de société. Relevons-en trois.

Au Conseil des Etats, il a été question de cannabis et de drogues douces en général. Les sénateurs ont révisé la loi sur les stupéfiants. La consommation ne sera pas officiellement légalisée mais elle ne sera plus punissable. Et la vente en petites quantités non plus. Solution réaliste, dit-on. Ces drogues si douces font moins de mal que la cigarette ou l'alcool; même si on peut y gagner quelque rêveuse euphorie peu propice à la concentration de l'esprit. Au Conseil national d'en débattre à son tour. Question: la lutte (donc la pose d'interdits) contre la drogue est-elle si divisible que cela? La porte ouverte ne favorisera-t-elle pas le passage à la drogue plus dure? Et, notamment à l'adresse des jeunes, faut-il vraiment diminuer la marge de l'interdit, alors que flirter avec lui peut correspondre à un besoin, formateur de l'adolescent? En reculant la limite de cet interdit, ne va-t-on pas rendre sa quête plus dangereuse, vers la drogue plus dure? Les jeunes interlocuteurs ont des avis partagés, là-dessus; et c'est bien.

Les avis sont presque unanimes, sous nos cieux lémaniques, devant l'initiative dite «pour la mère et l'enfant». Interdire, au nom d'une protection absolue de la vie, toute interruption de grossesse, même en cas de viol: voilà qui ne passe pas la rampe. On comprend, et on peut faire comprendre que brandir les droits fondamentaux d'un être tout juste conçu, contre la femme qui le porte à son corps défendant n'a pas de sens. Il y a une osmose inséparable qui légitime une libre prise de responsabilité de la femme.

Est-ce dire que la vie est chose relative, en fin de vie comme au début? Ce fut un troisième débat sur la question de l'euthanasie: un débat où des députés médecins croisèrent particulièrement le fer. Le médecin, placé devant une personne en fin de vie qui souffre, ne devrait-il pas être libre de lui administrer, sans peur ni reproche, une piqûre libératrice, pourvu que la personne le désire? Ou bien, seuls les soins palliatifs, qui abrègent souvent la durée de vie en calmant les douleurs, sont-ils des perspectives éthique, médicale et politique admissibles? Même si, comme nous, on se range à cette dernière opinion, reconnaissons que le débat mérite d'avoir lieu. Et cela permet de dire aux jeunes qu'il faut débattre, afin que vive et s'articule autour de repères une société démocratique.

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