«Pas d'école au rabais», voilà ce que scandent les lycéens français descendus dans la rue pour contrer la réforme du ministre Fillon portant sur un baccalauréat simplifié! Le monde à l'envers dira-t-on! A tort, car le laxisme et la démagogie ont été si loin en matière d'enseignement qu'il fallait un jour ou l'autre prévoir un retour de manivelle. On attendait cette prise de conscience chez les parents plutôt que chez les adolescents, quelle bonne surprise que ce soit le contraire. L'enseignement français est tombé si bas que les nombreuses écoles privées y regorgent d'élèves, puisque là-bas elles sont rémunérées par l'Etat pour le travail réalisé, ce qui permet leur accès à une large frange de la population.

Mais, en Suisse aussi, elles connaissent une recrudescence d'inscriptions (voir Le Temps du 25 février) après un certain marasme lié à la crise des années 90. Les parents doivent pourtant payer le prix fort puisque l'Etat conserve jalousement son monopole de l'enseignement, ce qui favorise l'injustice sociale: les parents capables de consentir le sacrifice peuvent envoyer leurs enfants dans l'établissement de leur choix, ce que le foyer modeste, quoi qu'il pense de l'offre publique, sera incapable de faire. Cela a assez duré et il faut rapidement qu'un politicien courageux remette l'ouvrage sur le métier, encore et encore, pour que cela cesse. Sans aller jusqu'au bon de formation, réfléchissons du moins à un soutien dont il résulterait une double mise en concurrence: au niveau du produit sur le marché (enseignement, pédagogie, discipline) et au niveau de l'offre d'emploi pour les enseignants, aujourd'hui les seuls salariés à n'avoir pratiquement qu'un employeur possible.

Même sans accuser l'école publique de tous les maux, l'engouement vers le privé prouve que les parents sont perplexes et donc, quand ils ont le choix, ils l'utilisent. Dans une étude récente (L'Hebdo du 20 janvier), seuls 6% des Romands se montraient convaincus par le système scolaire actuel et, qui plus est, les jeunes interviewés, plus proches des bancs d'école, ne sont pas plus optimistes! En cumulant un enseignement moins exigeant, une discipline très relâchée, une certaine insécurité dans les préaux, une organisation pratique en décalage avec la vie moderne et des maîtres démoralisés, l'enseignement joue avec le feu.

Depuis que le chômage des jeunes, loin d'être en Suisse ce qu'il est en France, augmente toutefois, tous les ingrédients d'une remise en question fondamentale sont là. C'est dans ce contexte qu'il faut replacer la refonte du règlement scolaire du canton de Vaud et se féliciter que la conseillère d'Etat Anne-Catherine Lyon aille dans la direction d'une école plus ferme. Par exemple, l'exigence de savoir lire pour passer en 3e primaire est stipulée, encore qu'on puisse légitimement se demander comment elle a pu être négligée jusqu'ici.

Sans conteste, les esprits sont mûrs pour que l'école cesse de s'abandonner aux mains de pédagogues irréalistes et tourne enfin le dos à une trop longue période de laisser-aller dans tous les domaines. Quand on pense que la Chine comptait l'an dernier 184 millions d'élèves (!) dans l'enseignement obligatoire, et faute de les égaler en nombre, notre petite poignée ne devrait-elle pas viser au moins leur niveau qualitatif?

mh.miauton@bluewin.ch

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