Un gouvernement collégial formé de sept personnes supporte deux médiocres, en tolère même trois. Au-delà, c'est la cote d'alerte. Le Conseil d'Etat fribourgeois la frôle.

L'exécutif élu en 2006 souffre de déflocquement. Ce mot d'ancien français désigne un phénomène qui liquéfie les os et amollit les ressorts de la volonté. La maladie sévit actuellement dans divers secteurs. Des banques, la Radio romande et jusqu'à des autorités religieuses en sont atteintes. C'est à ce mal qu'il faut attribuer l'intumescence de la facture de la H189, cette route de contournement de la ville de Bulle.

Le rédacteur en chef de La Liberté a fait le calcul: mis bout à bout les 785 mille billets de cent francs qu'il faudra ajouter au prix initialement devisé représentent 24 fois les cinq kilomètres de ce tronçon. Certes, Il n'y a guère de grands travaux routiers ou ferroviaires qui ne cachent pas quelque mauvaise surprise. Mais, là, l'abondance du coulage et la pénurie du courage ont fait si fort qu'il faut grimper loin dans l'histoire cantonale pour dénicher un précédent de cet ordre.

La contagion déflocquante gagne la médecine. Alors que les districts de la Glâne et de la Veveyse ont fait le sacrifice de leurs hôpitaux, il a suffi de quelques manifestations de mauvaise humeur dans le Moratois pour faire reculer celle qui a pour tâche de mener à chef une planification hospitalière lancée par Denis Clerc et décélérée ensuite pour des motifs linguistiques. Cette capitulation a un prix. A la longue, assurances et contribuables ne pourront le supporter.

Sous la même rubrique des dépenses qu'il eût été possible d'éviter s'inscrit la construction de l'Ecole des métiers. L'administration, faisant fi des lois existantes, s'est cassé le nez devant le Tribunal fédéral et perd du temps qui est autant d'argent.

Déflocquement y a-t-il eu face aux Chemins de fer fédéraux? La délocalisation de Fribourg à Bâle du centre d'appel de CFF Cargo a laissé de marbre une population dont l'indignation chaudement manifestée avait naguère empêché la fermeture d'une brasserie emblématique. Un marchandage a abouti à la signature d'une convention pavée de ces promesses qui «n'engagent que ceux qui les écoutent».

S'il flanche en ces occasions, le collège gouvernemental fribourgeois a, en revanche, gagné, et de façon exemplaire, la partie sur le terrain des comptes. Cela fait six ans que les chiffres noirs sont inscrits au fronton de l'hôtel des finances. Naturellement, un si joli pactole attise les convoitises. Les apôtres du relâchement se sont mis à l'ouvrage. Début avril, une nette majorité du Grand Conseil a désavoué la marche à petits pas vers un allégement fiscal, prônée avec constance par le grand argentier radical. Au diable, les Cassandre et les fesse-mathieux! C'est plus de 100 millions annuels de baisse des impôts que le parlement exige. Oui, mais... à venter plus haut que son croupion, Fribourg finira par fâcher ceux qui l'allaitent par le biais de la péréquation intercantonale.

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