Une révélation qui n'en est vraiment pas une: des banques ont versé de rondelettes sommes dans la cassette de certains partis suisses. Dans le peloton de tête, UBS et Credit Suisse. Celui-ci aurait même privé de fourrage le cabri de l'UDC pendant un an, en 2005, après que le Zurichois Christoph Mörgeli eut égratigné «la clique des petits copains» alors à sa tête. Les groupes parlementaires dits bourgeois sont sous observation. Au besoin, ils sont rappelés à l'ordre. Quand vient devant le plénum un projet de loi jugé défavorable aux intérêts de la place financière helvétique, leurs éventuelles brebis galeuses, dûment repérées, sont dénoncées, simple avertissement, aux receveurs de la manne. A quoi tient la discipline de vote!

Une distinction, pourtant. Cet arrosage n'a rien d'inédit. Des exemples? A foison. Jusqu'à leur déclin, les radicaux vaudois et les conservateurs fribourgeois ont vécu de la générosité quasi exclusive de leur banque cantonale. Quant aux banquiers privés, ils ont payé leur écot à la cagnotte libérale. Des régies publiques y sont aussi allées de leurs contributions. Plus récente est, en revanche, la mise sous surveillance des options individuelles de conseillers nationaux ou aux Etats, portées au crédit ou au débit du camp dont ils arborent le dossard. Un «dissident» s'attire le courroux de ses collègues de même obédience. De surcroît, il devient cause d'un manque à gagner. Comme le coureur cycliste convaincu de dopage privant son équipe d'un patronage flatteur et juteux. Cette pression, pour être indirecte et nullement impérative, restreint néanmoins le champ du vote sans instructions des parlementaires. Un effet intolérable quand, toute honte bue, des établissements financiers, admis aux soins intensifs, reçoivent les derniers secours de l'Etat. Il ne faut pas désespérer la Paradeplatz.

Associée de près à l'élaboration du plan de sauvetage la concernant et pressée d'en dévoiler le contenu à ses cadres avant sa révélation à la presse par les autorités fédérales, la direction d'UBS s'émeut de compter des détracteurs jusque dans les rangs de la droite. Elle ne se prive pas de fulminer contre ces oublieux qui rechignent à avaler cette ragougnasse les yeux fermés. Outre d'injustifiables bonus et autres gracieusetés l'idée de loger la société de portage des crédits pourris aux îles Caïman a pourtant trahi une perception troublée de la réalité. La réputation de planque de ce lieu n'est plus à faire. Elle est suffisamment établie pour qu'un pays, accusé par d'importants partenaires de favoriser la désertion fiscale, renonce à y planter un tipi. Si les passagers d'un paquebot en perdition exigeaient de leurs sauveteurs de n'être recueillis qu'à bord de yachts, ils ne devraient pas s'étonner de susciter l'indignation.

Ce comportement nuit à l'ensemble de la corporation bancaire. Les partis de droite se doivent d'éviter d'apparaître comme les laquais de bienfaiteurs gênants. Dussent-ils inventer un devoir d'ingratitude.

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