Les Suisses devront voter le 24 février sur la réforme de l'imposition des PME. Alors que les milieux économiques la défendent, la gauche s'y oppose, faisant en cela un très mauvais calcul. En effet, les modifications fiscales proposées sont bénéfiques à la société tout entière et non pas aux seuls patrons, dont l'image caricaturale constamment diffusée, outre son caractère injurieux, finit par faire un tort majeur à notre place économique. Qu'en est-il?

Le patron de PME a commencé par renoncer à la sécurité d'un emploi de salarié pour tenter l'aventure de créer une structure économique viable. Premier acte de courage. Puis, il en a assumé les risques financiers, les banques à juste titre n'aidant que ceux qui investissent eux-mêmes une bonne part des sommes nécessaires. Ce risque financier est d'ailleurs permanent, le succès et la rentabilité n'étant jamais choses assurées, ce qui rend les vrais patrons modestes et prudents. Deuxième acte de courage. Puis il a engagé du personnel, créant ainsi de la richesse et des places de travail jusque-là inexistantes. Il a le plus souvent formé aussi des apprentis, perpétuant une solidarité interprofessionnelle sans laquelle les savoir-faire disparaîtraient, et permettant à des milliers de jeunes de s'intégrer dans la vie professionnelle. Troisième acte de courage.

Pourtant, lorsque son travail dégage un bénéfice, la double imposition lui en ponctionnera 60%, alors que le taux maximal sur les revenus des salariés est de 40%. Première injustice. Si son affaire périclite ou disparaît, il ne profite d'aucun filet social puisqu'il est exclu de l'assurance chômage. Deuxième injustice. Il cherchera enfin à transmettre son entreprise, souvent sans esprit de lucre mais plutôt pour voir la continuation de son œuvre, mais le système fiscal en vigueur rendra la transaction difficile, voire impossible. Troisième injustice parmi bien d'autres encore.

Quoi qu'en dise la gauche, la plus élémentaire justice sociale parle en faveur de la réforme qui est proposée. Ce d'autant que la Suisse pratique une fiscalité relativement clémente sur le travail mais extrêmement haute sur l'investissement. A une époque où les services étatiques de promotion économique luttent sans relâche pour attirer de nouvelles entreprises (souvent grâce à des déductions fiscales discutables) afin de créer des emplois, pourquoi négliger ceux qui existent déjà. On calcule que la cessation d'activité des PME faute de reprise fiscalement acceptable représente des dizaines de milliers de postes perdus.

Cette votation importante devrait donc être l'opportunité de revaloriser les créateurs d'entreprises, en faisant pièce à l'amalgame désastreux qu'entretient la gauche avec une grande économie parfois dévoyée. Désigner sous le nom de patron ces quelques directeurs de multinationale aux salaires aussi dorés que leur parachute est une erreur, sachant que l'étymologie réfère à pater, le père. Mais c'est surtout une injure envers les fondateurs et responsables des quelques 300000 PME de Suisse.

mh.miauton@bluewin.ch

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