L'idéal, pour un pays et ses collectivités régionales, serait de faire une bonne politique grâce à de bonnes finances. On adapterait donc ses ambitions politiques, coûteuses, à ses moyens financiers.

Il n'en va pas ainsi. Trop souvent, la concordance ou la rivalité des propositions mènent à des augmentations de dépenses mal évaluées. Lorsque la conjoncture suit ou précède, les finances suivent ou s'adaptent sans grand souci. Mais les dépenses votées sont presque acquises, même lors d'un retour de conjoncture économique. Et c'est ainsi que se succèdent des déficits, que s'alourdit la dette des collectivités publiques.

Toutefois, à la longue, on s'aperçoit des effets pernicieux, qui entravent l'économie et paralysent l'Etat. Il faut admettre que le Conseil fédéral et les Chambres fédérales ont pratiqué des exercices assez rigoureux de compressions des dépenses, avec, bien sûr, la part de report sur les cantons. Ces derniers, confrontés aux mêmes soucis, ont souvent bien réagi: Berne, Zurich, Bâle, Neuchâtel et Vaud, pour ne citer qu'eux. Tenu aux pattes par de multiples pressions, toujours au bord des turbulences, le canton de Genève, en revanche, a de la peine sur cette voie de rigueur.

Or, voici, notamment pour la Confédération, que le ciel s'éclaircit. La reprise économique est là. Les restructurations dans le monde économique n'y sont pas pour rien. N'est-il pas tentant d'oublier les inquiétudes et d'honorer politiquement maintes demandes de toutes sortes? Les Chambres fédérales, par exemple, auront-elles une majorité capable de résister à ce changement d'humeur? Il le faudrait pourtant. Les cycles économiques ont une durée de plus en plus brève. Des finances publiques, dans leur continuité, ne peuvent tabler sur une longue période de haute conjoncture. Le bon sens appellerait à profiter des meilleurs moments pour diminuer la dette, pour réexaminer le bien-fondé de certains engagements étatiques. C'est une responsabilité envers les générations suivantes.

Certes, les finances publiques permettent d'assurer la solidarité et la cohésion sociale. L'AVS, par exemple, en est une pièce maîtresse. Mais l'action, dans ces domaines, devrait viser à la consolidation financière plutôt qu'à l'extension hasardeuse. En revanche, dans un monde soumis à une concurrence plus serrée, où il importe d'offrir des qualités et des plus-values, les priorités devraient s'accentuer en réponse à ce défi. Les dépenses pour la formation scolaire, universitaire, professionnelle sont donc la clé de notre avenir. Il y en a d'autres qui ont aussi ce prolongement dynamique.

Mais, afin de mener une telle politique de longue durée traversant les cycles rétrécis, il faut une conscience de l'enjeu, une discipline dans l'action et probablement un certain courage bravant le risque électoral.

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