«Et si ça ne marchait plus? Si les Suissesses et les Suisses en avaient marre qu'on les menace du chaos et de l'appauvrissement s'ils disent oui le 24 septembre au plafonnement à 18% de la proportion des étrangers résidant entre Alpes et Jura? Si celles et ceux qui vont encore aux urnes criaient soudainement basta et mettaient l'économie et ses serviteurs politiques au pied du mur de leurs jérémiades quand la conjoncture relance l'embauche d'une main-d'œuvre venue d'un ailleurs pas nécessairement européen.

Ce n'est pas glisser dans l'angélisme de poser le problème avec d'autres mots que ceux, purement utilitaires, du chef du Département de l'économie publique. Son langage peut conduire, en effet, à l'augmentation du nombre de citoyens approuvant cette initiative sans en partager l'esprit. Ah! Ah! disent-ils, la reprise des affaires va entraîner un nouveau flux d'immigrés et, comme on a sacqué des milliers de Portugais et autres Européens quand les carnets de commandes étaient vides, on fera appel à «d'autres», peu gourmands sur les salaires et n'ayant d'autre choix que d'être de la chair à boulots pénibles. Une fois encore, le gouvernement, des politiciens et des médias titillent les bonnes consciences jusqu'à la votation puis n'en feront ensuite aucun cas, soucieux seulement de leur porte-monnaie. La tentation du «chiche!» en séduit donc beaucoup.

Elle est d'autant plus forte que l'on va à l'affrontement frontal, cornes contre cornes, bois contre bois. Simplicité, voire simplisme. Impossible de situer le débat dans une perspective plus large. Les bonnes intentions de Mme Ruth Metzler sont, pour l'instant, à l'état de projets. Il n'est pas acquis qu'ils trouvent aux Chambres l'appui de parlementaires disposés à rendre la naturalisation plus facilement accessible à plus de 500 000 étrangers qui pourraient y prétendre. La crainte domine de perdre au profit de l'UDC des voix aux prochaines élections. Radicalisée par des pressions provenant de l'extrême droite, la base de l'UDC dicte leur conduite aux démagogues du sommet et entraîne la droite classique dans un tourbillon de lâchetés à la petite semaine.

Il faudra en venir au fond des choses. Il serait illusoire de compter sur une forte reprise de la natalité labellisée Switzerland pour pallier l'hémorragie démographique autochtone. Il n'y a donc d'autre issue que le recours à l'intégration des immigrés, notamment par une politique ouverte de naturalisation. Une pincée de courage civique et une goutte de bon sens ne seraient pas de trop pour tenter de faire comprendre aux plus butés des habitants de ce pays qu'ils dépériront sur pied s'ils n'acceptent pas le vivifiant apport de personnes prêtes à s'asseoir à la table commune. Chaque jour, on a mille exemples de l'enrichissement scientifique, intellectuel, culturel, sportif de la Suisse grâce à des étrangers qui font partie de son paysage humain. En opposant l'esclavagisme à la xénophobie on passe à côté de l'enjeu capital du 24 septembre.

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