«Tout est bien, tout va bien, tout va le mieux qu'il soit possible», chantent en chœur les Candide de Berne. Il y a, certes, des anicroches du côté d'Expo.01 mais le Paco Rabanne helvétique va rendre son oracle et les coffres s'ouvriront et il y aura des arteplages sous les pavés de 68. Il y a aussi, dit-on, un «pépin» chez les barbouzes mais on va y remédier et tout sera sous peu propre en ordre.

Qui oserait encore croire des mensonges dérisoires quand tout montre, au contraire, que la délégation du Conseil fédéral est revenue de Morat comme Charles le Téméraire, les représentants de l'économie lui ayant taillé des croupières? Qui avalerait ces coquecigrues quand éclate aux yeux des plus mal voyants le désarroi d'un conseiller fédéral avouant être renseigné par la presse sur ce qui se passe dans son département et proclamant sans rire que les services secrets opéreront demain à ciel ouvert.

Enjolivant le tableau, le chef suspendu et prévenu de ce foutoir prédit son rétablissement dans ses fonctions et ne trouve à répondre aux accusations de son ex-comptable qu'une bêtise de taille. Faut-il, en effet, rappeler à M. Regli qu'une armée secrète est contraire à l'ordre constitutionnel de ce pays, qu'il y ait ou non état de guerre froide? Il y a huit ans, la gauche et quelques députés centristes avaient avec peine imposé la création d'une commission d'enquête (CEP II) pour faire la lumière sur les dérives du Département militaire. Bien que la droite ait réduit le champ des investigations des commissaires, on en apprit de belles sur ces P-26 et P-27, fonctionnant en marge de toute légalité démocratique mais en coordination avec des organisations sœurs à l'étranger. Rien ne permet encore d'affirmer que, le désœuvrement les poussant, des officiers aient songé à réanimer ces groupuscules ramboliens. Mais, si l'on venait à apprendre qu'ils en ont effectivement formé le projet, il y aurait un comportement d'insubordination s'apparentant à la rébellion voire à la traîtrise. Les conclusions de la CEP II étaient claires. Le Conseil fédéral finassa avec ce rapport. Le courage lui manqua de qualifier comme elles le méritaient ces menées à proprement parler subversives.

Illusions répandues sur l'Expo.01 que bien peu de Suisses estiment présentement indispensable; spectacle affligeant d'un ministre, politiquement isolé et trop longtemps absorbé par des ambitions olympiques, soudain réveillé par une grenade sous son siège: il y a tout ce qu'il faut pour miner les partis du centre, déjà en difficile position électorale.

Le gouvernement en remet! Il ressort le dossier d'une réorganisation du pouvoir exécutif, dont M. Blocher et ses amis n'avaient fait qu'une bouchée. Il ouvre le débat sur la libéralisation de l'usage du cannabis et fait ainsi le beurre de l'UDC. On voudrait favoriser un mouvement tablant sur l'érosion de la confiance du citoyen en ses autorités que l'on ne s'y prendrait pas autrement. Cette attitude a des relents suicidaires.

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