Le regard voguant vers un lointain indiscernable, ils ne voient pas ce qui est à portée de leurs yeux. Tels sont les prétendus managers de La Poste. Ils viennent d'en administrer la preuve. Au détriment de leur clientèle. Ces infaillibles à mâchoire carrée ont semé la pagaille dans les offices postaux. Par centaines de mille, des envois collectifs sont restés en rade dans les centres de tri. De plus, il y a eu rupture de stock des timbres de 10 et 5 centimes.

Jamais à court d'arguments quand il faut justifier une hausse des tarifs, la direction est tombée en panne de réflexion au moment d'en fixer la date et d'en jauger les conséquences. Etait-il judicieux de choisir le tournant de l'année pour l'entrée en vigueur de cette augmentation? C'est une période où le courrier est abondant, tant individuel qu'en masse. D'où surcharge de travail pour le personnel.

De surcroît, totalement déconnectés des réalités du petit commerce, ces imprévoyants ont mal estimé les effets de leurs décisions. Ils ont ignoré que, par souci d'économies, les entreprises se hâteraient de profiter de l'ancienne tarification. Ils ont, de même, sous-estimé le nombre de personnes ayant à faire l'appoint pour épuiser, passé le 31 décembre, leurs timbres périmés.

Faire poireauter le péquin devant les guichets, léser des particuliers ou des collectivités est déjà suffisamment grave. Ce qui inquiète davantage c'est ce que révèle cette gabegie passagère. Figés dans leur marmoréenne infaillibilité, les dirigeants de La Poste assènent les raisons qui les contraignent à redimensionner leurs services et gérer sainement leur boutique. Personne ne conteste que les temps changent, que les nouveaux modes de communication condamnent, à terme, certains secteurs, qu'il est impossible de rouler en diligence sur une autoroute. Le bureau postal au coin de la rue, c'est, hélas! fini.

Seulement, pour convaincre, il n'est pas superflu d'être crédible. Or, le cafouillage de ce début d'année jette le doute dans les esprits. Est-il encore possible d'accorder foi à des gens faisant preuve d'une telle dose d'irréflexion? Le temps ne leur a pourtant pas manqué pour étudier les répercussions de leur choix. Eux, qui se flattent d'être à l'écoute du client, avaient débranché leur sonotone. Ils ont foncé dans le mur.

Et après? Le public a eu droit aux lénifiants propos d'un sous-fifre préposé à la parole. Leurs Excellences postales, d'habitude si promptes à venir devant les caméras, ne sont pas allées jusqu'à reconnaître elles-mêmes leurs erreurs et à présenter des excuses. Elles ont raté l'occasion de se racheter aux yeux des politiciens. Une partie des parlementaires ayant récemment préconisé le rejet de l'initiative «Services postaux pour tous» l'ont fait à contrecœur. Des Romands, particulièrement, supportaient mal le style de communication du grand vizir Ulrich Gygi. Leurs réserves sont confirmées.

A la politique, dès lors, d'extirper le bogue qui obscurcit l'entendement des maîtres de poste.

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