Ira, n'ira pas? La visite en Israël du président de la Confédération et chef du Département des affaires étrangères est, en principe, agendée pour le mois de mai prochain. En principe… Car il y a des mais et des si. L'obstacle le plus récemment surgi est sorti comme un diable d'une cave de la banlieue de Berne. Qu'y préparaient au juste des agents du Mossad? La pose d'une «bretelle» sur la ligne téléphonique d'un agent présumé du Hezbollah ou, plus grave, un assassinat? La réponse à cette question, qui se trouve dans un rapport en cours d'élaboration au Ministère public de la Confédération est attendue avec intérêt. D'elle pourrait dépendre la décision finale.

Car les agissements des barbouzes israéliens sur le sol helvétique amusent peut-être ceux qui se présentent comme des spécialistes de l'espionnage et tentent de banaliser l'affaire. Ils ne font pas rire du tout les responsables des relations entre Israël et la Suisse. Choquants et inadmissibles, ils justifient la colère de M. Jakob Kellenberger, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères. Elle ne doit rien à une passagère montée de moutarde à son nez appenzellois.

De toute façon, le voyage officiel en Israël d'une personne du rang de M. Flavio Cotti fait, dans les circonstances actuelles, problème. Certes, l'Etat hébreu est cinquantenaire l'année même où la Confédération helvétique célèbre les

150 ans de sa Constitution. Beau sujet de discours. Certes encore, ce n'est pas d'Israël en tant qu'Etat qu'ont été lancés les assauts les plus outranciers contre

la Suisse de la Deuxième Guerre mondiale et ses banques. Le ton a été donné ailleurs et par d'autres. Le gouvernement israélien a observé une certaine réserve. Il a même pris le soin d'envoyer à Berne un ambassadeur de bon format. Tout l'art déployé par celui-ci n'apaise pourtant pas les blessures encore ouvertes. On attendait à Bâle, l'année dernière, le président israélien. Il a posé un lapin sans trop de manières. Et puis, il y a le torpillage systématique, par M. Netanyahou, des efforts entrepris pour pacifier le Proche-Orient.

La Suisse est défavorablement impressionnée par cette attitude, comme elle condamne les violations des Droits de la personne humaine. Dénoncées sans qu'il y mette des gants de filoselle par M. René Felber, chargé en 1995 d'une mission onusienne. Sans qu'ils soient forcément pro-Palestiniens, nombre de Suisses s'indignent avec raison qu'Israël trahisse, ce faisant, le souvenir de la Shoah.

S'il accepte de se rendre sur sol hébreu, M. Cotti y marchera sur des œufs. Le premier ministre israélien vient de donner une nouvelle preuve de la brutalité de ses réactions en traitant comme un malpropre M. Robin Cook, secrétaire d'Etat anglais aux Affaires étrangères, qui s'était témérairement aventuré dans une dénonciation spectaculaire de l'étalement illicite des «colonies» sur le territoire palestinien. Le chef de la diplomatie suisse ne peut oublier qu'il y a deux ans les conseils fédéral et national ont nettement repoussé l'idée de déplacer l'ambassade de Tel-Aviv et Jérusalem. Il y aurait sagesse à se hâter lentement.

* Journaliste.

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