Cela a un petit air de déjà-vu. Un porte-parole du Département d'Etat américain produit devant la presse des photographies aériennes d'installations nucléaires iraniennes. Il affirme, péremptoire, qu'elles apportent la preuve de la poursuite avec assiduité par Téhéran de son programme d'armement atomique. Les engagements pris par la République islamique devant l'Agence internationale de l'énergie atomique ne sont que duperie aux yeux de Washington. Parallèlement, George W. Bush lançait, samedi devant le Forum de coopération réuni à Santiago du Chili, une mise en garde à l'Iran.

Pour le moment, le Pentagone se tait. Les accusations douteuses sont toutefois accompagnées d'appels à négocier. Ils sont le fait d'un Colin Powell, ministre en partance, cédant sous peu sa place à Condoleezza Rice. Rien ne garantit que l'énigmatique conseillère du président en son premier mandat prendra pour modèle son prédécesseur, militaire temporisateur plus estimé qu'écouté. Le cours futur de la politique extérieure des Etats-Unis est encore indécis. Les experts débordent de «wishful thinking».

Beaucoup dépendra de l'évolution de la situation en Irak. La violence y est telle que l'information impartiale y est plus que jamais rendue impossible. Les images des combats proviennent de reporters embrigadés aux côtés des troupes américaines et sécurisés par elles. Les révélations révulsives sur le sort réservé à leurs victimes par des preneurs d'otages sont à ce point mises en avant qu'elles en feraient oublier l'hécatombe de civils, femmes et enfants notamment, nullement impliqués dans le terrorisme. Les Conventions de Genève ne sont que chiffons de papier. Au point que la Croix-Rouge internationale, entravée dans ses tâches, les a rappelées à la mémoire du commandement US. Quand éclatera la vérité sur Falloujah, le monde mesurera la distance entre le dire et le faire. L'élu du 2 novembre parle de «poursuivre une politique étrangère déterminée visant à propager la liberté et l'espoir…»

Les résultats de la première étape laissent présager les fins et les moyens de la seconde. «L'avenir n'est sans doute pas à la paix» répond Marie-Hélène Miauton à son questionneur, dans un livre d'entretiens tout frais sorti de presse.

Celles et ceux qui tablent sur une amélioration des relations entre la vieille Europe et l'Amérique «reborn» se préparent des lendemains qui déchantent. Même si des élections pouvaient s'y tenir en janvier, l'Irak suppurera la haine de l'Islam, humilié par les soudards de la coalition. Aucun Etat occidental n'échappera aux conséquences d'une confrontation politique autant que religieuse.

Les réactions observées en Suisse ces dernières semaines face au comportement de certains imams et au voile arboré par des femmes musulmanes méritent l'attention préventive d'autorités civiles et d'instances religieuses à juste titre soucieuses de concorde entre habitants de ce pays. L'ignorance, les bons sentiments et le flou ambigu ne sont plus de mise.

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