Coup d'œil, mercredi soir dernier, au télétexte. Tiens! le Conseil fédéral s'est enfin avisé que la faillite d'une banque laissait sur le carreau des petits épargnants. Onze ans après la spectaculaire déconfiture d'une caisse bernoise d'épargne et de prêts, des mesures de protection en faveur des lésés les moins favorisés seraient en voie d'être renforcées. Lecture de la presse du lendemain: le projet est pour le moins timide. Les lobbies ont eu amplement le temps d'en rogner les canines. Et tant pis si les modestes déposants se trouvent dépourvus quand la bise sera venue.

Le télétexte encore, de ce même mercredi soir: les finances fédérales sont dans la mouise. Le budget 2002 pourrait boucler avec un déficit dix fois plus élevé que les 300 millions prévus. C'est vrai, constate jeudi Le Temps, mais le chef, sur le départ, du Département fédéral des finances pratiquera «la politique du chien crevé qui suit le fil de l'eau». Il travaillera, nous dit-on, en vase clos, à l'abri des fièvres électoralistes, et ne dévoilera ses batteries qu'une fois élu le nouveau parlement. Ne rien brusquer, surtout; se répéter chaque matin que le pire n'est pas certain et feindre de croire à la fin proche des frimas économiques. En termes villigériens, cela se nomme vision d'avenir.

L'Hebdo, maintenant, L'Hebdo malencontreusement privé de sa pilote. Aux entrepreneurs qui ont perdu le sens de l'honneur et quittent comme des rats gavés le navire en perdition, le chef du Département fédéral de l'économie dit par deux fois: «Halte!» Joli coup de menton. Pas question, ajoute-t-il aussitôt, d'introduire en Suisse une norme pénale sur l'abus des biens sociaux. Les «incorrections» patronales seraient mieux soignées par un libre consentement aux règles de la morale des affaires. «C'est la grâce que je vous souhaite avec la bénédiction du Seigneur», pourrait conclure l'ancien élève d'un collège catholique, trop fine mouche pour ne pas deviner que cette simple invocation sera impuissante face à de nouveaux scandales.

Ce sont les mêmes qui incitent agriculteurs, ouvriers, employés et fonctionnaires à mettre leurs pendules à l'heure, à ne pas lambiner sur les sentiers quand l'ouverture des marchés fonce sur l'autoroute. Ils ont raison, mais n'appliquent guère à eux-mêmes les conseils prodigués à autrui. Délivrer de la peur celles et ceux qui ont placé leurs faibles économies dans des firmes défaillantes; éloigner la menace d'une hausse de la TVA qui ne serait pas destinée à soulager l'assurance vieillesse; instaurer par la loi l'équité entre naufrageurs d'entreprises et voleurs à la tire: est-ce donc impossible dans un pays où la confiance se défait comme le magot de Martin Ebner? L'épreuve des fonds en déshérence, les avions de Swissair épinglés au sol comme papillons de collection, l'imbrication opaque de l'argent et de la politique et ses effets: n'est-ce pas encore assez pour donner tort aux chantres du «Y'a pas le feu au lac»?

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