Rasez le Hirschhorn qui cache l'Europe! Les criailleries des branleurs de toupins, les jérémiades des dévots d'Albert Anker et de son Bernerplatte pictural, les vociférations des mystiques de Tell lassent vite. Comme les clabaudages des admirateurs de tartouillades poussepinesques et les piailleries exagérément inquiètes de cultureux martyrisés. Ces tempêtes dans un bock de bière distraient de l'essentiel: les Bilatérales II ont passé la rampe parlementaire.

Il s'est trouvé, dans les deux Chambres, une majorité de députés pour approuver ce lacis d'accords âprement négociés avec l'Union européenne. Le chemin a été «montant, sablonneux, malaisé» et le coche a peiné pour arriver au haut. Une étape est franchie. L'affaire ne sera emballée et pesée qu'une fois passée la votation populaire sur le volet Schengen/Dublin. Les intentions de vote prêtent à l'optimisme. Pas à la démobilisation. Le national-populisme n'étant pas le fait des seuls Unionistes du centre, la partie n'est pas jouée. La droite la plus obtuse peut compter sur un apport venu de la gauche insécurisée par la libre circulation des personnes et sa probable influence sur les salaires les plus bas. L'affrontement sera rude.

La toile de fond des Bilatérales est sombre. Ces arrangements biscornus sont les derniers du genre. L'Europe, qui a d'autres chats à fouetter, n'est pas disposée à marchander indéfiniment le bout de gras avec l'insularité helvétique. Que cela convienne ou non à tel ou tel secteur social de la Suisse active, la messe est dite. Ce serait surestimer les capacités diplomatiques d'un petit pays que de le croire capable d'obtenir davantage par un non que par un oui, fût-il de résignation. La grenouille n'est pas un bœuf.

C'est le moment de mettre l'UDC en face de ses contradictions. En torpillant l'Espace économique européen, elle a contraint le Conseil fédéral au bilatéralisme. Elle le condamne maintenant avec les mêmes arguments qui ont fait son succès au soir du «dimanche noir» de décembre 1992. Avouant à demi-mots qu'elle est, en fait, opposée à tout ce qui pourrait rapprocher la Suisse de l'Europe des 25 et conduire dans le long terme à une adhésion, elle fuit la réalité. Celle-ci est pourtant aveuglante: qu'elle le veuille ou non, la Suisse est condamnée à cheminer aux côtés de l'Europe. Sa souveraineté est d'autant plus limitée qu'elle se prive d'avoir voix au chapitre pour l'élaboration des règles juridiques communes. Elle s'est mise en situation de n'avoir plus le choix. La tête dans un sac, la Suisse telle que la rêvent Christoph Blocher et ses amis de l'ASIN avance dans une impasse. Elle s'est coupé, il y a douze ans, toutes les issues. Il y a du pathétique dans l'attitude de ces nostalgiques d'une Confédération qui n'a jamais été celle qu'ils décrivent avec les accents patriotards des lanceurs de drapeau et lutteurs à la culotte.

Il serait temps de leur ouvrir les yeux sur la Suisse d'aujourd'hui, urbaine, décrispée et sans complexes.

Erratum. L'initiative parlementaire du conseiller aux Etats fribourgeois Alain Berset, dont il a été question dans une précédente chronique, propose seulement l'élection et pas le contrôle du procureur général de la Confédération par le Parlement.

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