C'est un départ en fanfare. Le Fregoli de la politique fribourgeoise a finalement glissé sur les cuivres.

Nicolas Betticher collectionnait les casquettes. Laïc engagé en son Eglise, il est, à l'Evêché de Lausanne, Genève et Fribourg, chancelier et porte-parole. Au Grand Conseil du canton où ses concitoyens l'avaient élu, il présidait le groupe démocrate-chrétien. Glouton de présidences, il cumulait celles du PDC de la ville, d'une fanfare locale et du comité d'organisation de la prochaine Fête cantonale des musiques. «Où ne montera-t-il pas?» s'interrogeaient les observateurs de cette singulière ascension.

«Quand éclatera la baudruche?» questionnaient les moins bien intentionnés.

Des comitards en pétard ont répondu à ces interrogations. Ils ont poussé à la démission ce suractif empêtré dans des déclarations contradictoires. N'est pas Machiavel qui se prénomme Nicolas. Vient le moment où les ficelles s'emmêlent, et se rebellent les marionnettes. Laissant en plan la préparation d'une festivité chère aux musiciens, abandonnant l'Union instrumentale comme Schweiger le Parti radical, Nicolas Betticher ne s'est pas arrêté en si bon chemin. Il a renoncé à ses mandats politiques.

Et là, ô surprise! il a désarçonné les plus bienveillants de ses censeurs. Pour annoncer la nouvelle à des journalistes sélectionnés de capricieuse façon, il a choisi son lieu de travail, l'évêché. Qui plus est, l'évêque en personne et son vicaire général étaient à ses côtés et ne se sont pas privés de commenter l'événement et de sermonner la presse.

Non mais! dans quel monde et en quelle époque vivent donc ces gens-là? Pour un peu, ils auraient opté pour la sacristie. Il s'agissait d'un député, du membre influent d'un parti, d'une affaire purement politique, et locale de surcroît. La scène était grotesque d'ambiguïté.

Il fut un temps où, tout en se défendant d'émettre des consignes partisanes, les curés abusaient de la chaire paroissiale pour recommander à leurs ouailles de voter en faveur de candidats qui soient de bons démocrates et des chrétiens exemplaires. Ils ne faisaient en cela qu'imiter Pie XII de contestée mémoire. Depuis, l'Eglise catholique romaine a fait sien l'enseignement de l'abbé Charles Journet. Le futur cardinal écrivait: «Jamais la politique chrétienne ne coïncidera exactement avec la politique d'un parti.» Soucieuse de sauvegarder la liberté indispensable à l'accomplissement de sa tâche, l'Eglise de Rome «ne se confond d'aucune manière avec la communauté politique et n'est liée à aucun système politique». C'est clair, non?

L'occasion était offerte d'être conséquent avec ces principes. Le citoyen Betticher rendait son tablier d'élu et de notable. Il dissipait de ce fait l'équivoque née de l'exercice conjoint de fonctions ecclésiales et politiques. Il prêtait l'oreille aux nombreux fidèles choqués par cette bivalence. Préférence a été donnée à une démonstration accentuant le malaise suscité par un homme plus proche de Gribouille que de Mazarin.

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