Citoyens, à vos marques, prêts! Il vous est désormais possible de réserver votre billet d'accès à la prairie du Grütli pour fêter le 1er Août. Alors que le marché noir bat son plein pour le Mondial 2006, cette annonce ne semble guère agiter les foules latines, d'autant que le site http://www.ruetli.ch de la Société suisse d'utilité publique chargée de l'organisation ne fournit presque rien en français ni en italien (pour une association dont l'acte le plus récent fut de promouvoir le multilinguisme en Suisse, cela ne manque pas de sel).

En revanche, nous y trouvons en allemand les textes de la conférence de presse expliquant les décisions prises pour assurer en 2006 «une fête digne et sans perturbations» ainsi que l'extrait d'un rapport sur «l'extrémisme de droite, le Grütli et les médias» de l'Université de Zurich, qui les justifie.

Les mesures prises cette année visent à interdire la prairie aux ultras de droite qui troublèrent de leurs quolibets le discours de Samuel Schmid en 2005. Pourtant, malgré cette mise en place, il n'y aura pas de conseiller fédéral dans ce lieu hautement symbolique, décision déplorable car, sans aucunement mettre en doute la qualité de l'orateur prévu en remplacement, elle ôte son caractère officiel à la manifestation.

Ce désinvestissement politique donne l'impression d'une capitulation qui se justifie d'autant moins que, sur la prairie, nos Sages ne mettent pas en danger leur intégrité corporelle puisque les interventions déplorables des nazillons n'y furent jamais que verbales, contrairement à ce qu'il advint le 1er Mai à Zurich où Moritz Leuenberger dut interrompre son discours et s'éclipser comme un malpropre parce qu'il recevait des boulons lancés par des extrémistes... de gauche, nombreux, cagoulés et agressifs.

La lutte contre les néofascistes ne doit pas mollir. Elle est indispensable au maintien de l'ordre public mais surtout à la dignité du pays, nul ne le conteste. Mais pourquoi la même attention n'est-elle pas portée aux extrémistes de gauche dont les actes de violence deviennent toujours plus nombreux justement parce qu'ils ne sont pas soumis à la même vigilance ni semblablement dénoncés par les médias?

Utilisant des causes diverses, aussi bien-pensantes les unes que les autres, allant de l'altermondialisme (ATAC) à la lutte antifasciste en passant par l'opposition au nucléaire ou la défense des animaux (SHAC), ils provoquent la police et cherchent la confrontation car ils se revendiquent ouvertement de la lutte armée comme en témoignent leurs sites internet. Ces groupuscules sont d'autant plus dangereux qu'ils sont organisés à l'échelle internationale et s'en prennent à l'ordre public et aux fondements des institutions démocratiques.

Ce n'est pas parce que le symbolisme de l'extrémisme de droite est plus répugnant, ce qui en limite heureusement les risques d'extension, qu'il faut tolérer l'extrémisme de gauche, organisé et violent.

mh.miauton@bluewin.ch

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