En politique, il faut être clair; ce qui ne veut pas dire qu'il faille réagir toujours de la même manière. Ainsi en est-il, par exemple, face à des initiatives. Il y en a eu qui suscitaient forcément et immédiatement ou l'adhésion ou le rejet. Il y en a eu qui se donnaient des airs de viser un but raisonnable, mais dont le véritable esprit se trouvait dans le texte même; un texte inacceptable, à prendre donc au pied de la lettre sans se laisser abuser par des discours enveloppants. Et puis, il y a des initiatives dont le texte pèche en plusieurs aspects mais dont l'esprit positif a de quoi séduire et faire réfléchir. C'est le meilleur cas, où un contre-projet constitutionnel direct du parlement est opportun. A défaut, il y a encore, sur le mode mineur, la possibilité d'un contre-projet indirect: soit une loi ou même simplement un arrêté déclarant une intention politique.

On aurait dû se trouver dans ce dernier cas de figure en regard de l'initiative «Oui à l'Europe! ». Elle a le défaut de proposer une injonction au Conseil fédéral: ouvrir sans délai des négociations avec l'UE en vue de l'adhésion. Cette précipitation semble bousculer la digestion des accords bilatéraux et donner un délai trop court aux ajustements nécessaires dans une perspective d'adhésion; sans parler de certains dossiers délicats, tel le secret bancaire. Mais l'initiative, après tout, vise le même but que celui proclamé par le Conseil fédéral. Une position publique des Chambres fédérales en ce sens aurait sans doute permis un retrait de l'initiative. Le Conseil des Etats n'a rien voulu entendre. Il en porte la responsabilité.

Dès lors, il est important de ne pas s'embourber dans un examen critique du texte de l'initiative; mais de considérer son esprit, son élan et son insertion dans un mouvement vers l'adhésion. On ne peut plus se battre sur une affaire de calendrier; d'autant moins que les prévisions au sujet de ce calendrier, même avec l'initiative, sont assez variées. Négocier ne signifie pas encore adhérer. De toute façon, nous ne serons pas dans l'UE avant quelques bonnes années.

C'est donc bien à l'esprit qu'il faut s'attacher. Comment pourrais-je dire non à une initiative qui dit oui à l'adhésion, cela en jurant mes grands dieux que je suis, moi aussi, pour l'adhésion? Aussi rigoureux qu'il se présente, le discours contraire apparaît comme porteur de confusion sur l'essentiel, sur la perspective, sur la vision et le mouvement à entretenir.

Il y a ceux qui ne veulent pas que la Suisse demeure encore longtemps quémandeuse de négociations bilatérales laborieuses; ceux qui estiment qu'elle défendra, finalement, mieux ses valeurs et ses intérêts à l'intérieur de l'UE que de l'extérieur; ceux qui aimeraient voir leur pays participer au passionnant débat sur les institutions de l'UE, lesquelles sont encore à forger; ceux qui prennent la mesure de l'enjeu économique, sécuritaire, politique de la construction européenne, enjeu qui implique totalement la Suisse; ceux, enfin, qui aimeraient que leur pays, pleinement lui-même, tienne toute sa place, joue tout son rôle dans ce contexte historique. Voilà le message que porte l'initiative des jeunes, au-delà de son texte. C'est le mouvement qu'elle indique qui mérite d'être soutenu. Un très bon score au vote ne pourra avoir qu'une influence bénéfique sur la suite des événements. Il y a un signe politique fort à donner.

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