Des esprits un peu sommaires pensent qu'il n'y a pas de problèmes mais seulement des solutions. On a beau faire profession de choisir, dans l'ordre politique, et de tenir si possible des positions claires se référant à des convictions profondes, on doit avoir l'humilité d'admettre qu'il y a des problèmes à l'horizon dont on se demande bien comment leur préparer des solutions. Ainsi de l'évolution démographique dans les pays occidentaux, dont la Suisse.

Ce sont, bien sûr, les analyses des chercheurs, publiées à la charnière de nos deux siècles, qui suscitent l'interrogation. On a évoqué les grandes nouveautés du siècle finissant qui ont profondément marqué la manière de vivre. A cet égard, la contraception a eu une importance considérable. Il n'y a pas si longtemps que des pays comme l'Italie et l'Espagne offraient l'image de sociétés dont les familles nombreuses étaient l'ossature, la mère de famille le cœur traditionnel et quelque peu sacré. Comme avec l'Eglise catholique, on semblait être, là-dessus, en chemin pour l'éternité. Eh bien, tout est changé. Ces deux pays sont devenus les champions de la basse fécondité. Il n'est pas question de nier les progrès acquis, les améliorations de la qualité de vie, les ouvertures dégagées enfin pour les femmes si longtemps confinées dans les rôles étroitement préétablis. Mais il est question de lucidité. Une avancée foudroyante au profond d'une société est forcément source de déséquilibres.

Il n'est pas besoin d'expliquer longtemps les risques d'un déficit démographique et d'un vieillissement de population. Ils sont assez évidents. A propos du financement de l'AVS en Suisse, par exemple, on en parle beaucoup. Et il ne faut pas croire qu'une diminution du nombre d'actifs est une solution contre le chômage, tant il est vrai que l'emploi est avant tout lié à la capacité de production et de consommation d'une société; le tout dans une ambiance de concurrence et d'intégration économique mondiale. Autrement dit, plus la Suisse aura d'actifs qualifiés, plus elle offrira d'emplois et mieux elle assurera ses charges publiques et sociales. A long terme, il n'y a donc rien à gagner d'une trop basse fécondité et du vieillissement.

C'est à ce point que l'analyse des chercheurs laisse songeur. Ils partent, semble-t-il, de l'idée que les vieux autochtones des pays industrialisés que nous sommes ne retrouveront pas le goût des familles nombreuses. Allons savoir? Il faut toujours se méfier un peu des prévisions trop arrêtées. Reste que la perspective qu'ils évoquent, comme solution, n'est pas sans difficultés prévisibles. Il s'agirait, en somme, d'ouvrir de plus en plus nos frontières aux ressortissants d'autres régions, asiatique, africaine, latino-américaine. Est-ce l'avenir? Faut-il vraiment imaginer une Suisse métissée à la fin du siècle naissant? Dans une vision longue et large de l'histoire, il n'y a rien, là, qui doive nous cabrer. Les vagues d'invasion au travers des siècles n'ont jamais fait autre chose.

Il n'empêche que c'est tout le problème de l'identité culturelle, de la culture politique fondamentale et finalement de la cohésion d'un pays comme la Suisse qui est posé. Dès lors, pour nous, maintenant, quelles attitudes tirer de ces analyses en matière de politique d'immigration (non européenne) et même d'asile? Eh bien, que l'on nous pardonne, c'est sur une telle interrogation incitant à la réflexion et au débat que nous en resterons aujourd'hui.

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