On peut dire que la rentrée politique a eu lieu. Les partis ont tenu ou vont tenir leurs assemblées des délégués afin de prendre position sur les sujets des votations fédérales. Si l'on suit le contour de leurs réactions, l'Initiative dite des 18% d'étrangers au maximum n'a guère de chance de succès. Mais il faut toujours se méfier des sondages qui laissent tant de silencieux à leurs états d'âme. Il faut relever une information peu répercutée. Le ministre français des Affaires européennes a clairement fait savoir à Berne que le parlement français ne ratifierait pas l'accord sur la libre circulation des personnes – qui détermine tous les autres – avant le vote du peuple suisse sur cette initiative. C'est logique, car il en va pour l'UE d'une question de principe autant que d'une exigence. En ce qui concerne la Suisse, si l'initiative propose une rigidité qui serait un non-sens économique, il en va aussi d'un état d'esprit sur notre manière de concevoir nos relations avec l'étranger. Le test dépasse donc l'enjeu économique.

Moins décisive, sans doute, pour l'avenir tout prochain de nos relations avec l'UE sera la décision que prendra le parlement lors de la session d'automne. La décision des Chambres de recommander le refus de l'Initiative des jeunes est déjà acquise: initiative demandant l'ouverture sans délai d'une négociation en vue de l'adhésion. Mais le Conseil national arrachera-t-il au Conseil des Etats un acte parlementaire réaffirmant, aux côtés du Conseil fédéral, que le but est bien l'adhésion; but à concrétiser le moment venu? Un tel résultat pourrait inciter les jeunes à retirer leur initiative et à nous épargner, ainsi, un vote populaire dommageable. Une déclaration claire et nette du seul Conseil national suffirait-elle à cela?

Evidemment, dans des milieux qu'on sentait favorables ou, tout au moins, non hostiles à l'adhésion, la pression exercée sur l'Autriche et la décision de principe des Quinze sur la fiscalité – ce qui touche le secret bancaire – ont eu un effet de douche froide. Il est évident que le Conseil fédéral ne peut que défendre notre principe de confidentialité entre la banque et son client et s'opposer donc au système choisi par l'UE de l'échange d'informations entre autorités fiscales. La position est légitimée par le fait que la Suisse connaît l'impôt anticipé et qu'elle propose un système de restitution fiscale aux pays de l'UE, sur le produit de cet impôt frappant en Suisse les intérêts des capitaux de leurs résidents. En fait, le débat au sein de l'UE est loin d'être terminé. Mais on voit bien qu'il touche directement la Suisse, quand bien même elle est hors de l'UE; et que cette dernière liera ce dossier à d'autres qui intéressent notre pays.

Ce ne sont pas les seuls tests sur l'ouverture qui vont se présenter. L'année prochaine, il faudra voter sur cette révision de la loi sur l'armée qui devrait permettre d'envoyer des soldats armés dans des opérations de maintien de la paix sous l'égide de l'ONU. Et débutera, parallèlement, le débat sur l'adhésion pleine et entière de la Suisse à l'ONU; en mettant fin à une distance qui n'a plus aucun sens. Vendredi dernier, le Conseil de l'Organisation des Suisses de l'étranger a soutenu unanimement ce projet d'adhésion. Q'en sera-t-il des Suisses de l'intérieur?

On voit que c'est la volonté de mener une politique d'ouverture logique et progressive qui est et va être à l'épreuve. Par touches successives, il est demandé au peuple suisse de tisser le fil de son histoire.

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