Il faut éviter la tentation du sermon, même si l'on est à la veille de Pâques. Mais, quand même, la brusque démission d'Ursula Koch, présidente du Parti socialiste suisse, vaut bien quelques réflexions. Personne n'oserait nier la probabilité d'un rapport entre la tension psychologique qu'elle a subie et les ennuis de santé qui l'incitent à ce retrait immédiat et complet de la vie politique. Cette affaire concerne, bien sûr, les socialistes avant tout. Il y a eu une controverse sur le fond et sur la méthode de direction. On n'a pas à se mêler de cela, ni à faire la leçon. Ces questions se posent, d'ailleurs, à tous les partis. Mais c'est évidemment le style et l'ampleur de la crise qui retiennent ici l'attention.

On ne peut s'empêcher de penser que la présidente socialiste, dès son élection, a fait l'objet d'obstructions et d'hostilités plus ou moins avouées que son caractère ne saurait expliquer entièrement. Et la dureté des critiques émises sur la place publique a fait douter que les personnalités ainsi en guerre ouverte aient encore eu un reste d'esprit d'équipe, de solidarité les dépassant dans la défense d'une cause générale commune. Il faut le dire: si c'est en famille que se révèlent le plus fortement les solidarités naturelles, c'est aussi là que des affrontements peuvent être les plus douloureux. Il serait naïf et même hypocrite de croire que l'on puisse toujours atténuer les différends ou, surtout, en prendre la mesure, en tirer les conséquences nécessaires sans échanger des propos désagréables, voire même de nature à blesser. Mais ce devrait être en dernière extrémité. Il y a bien, malgré l'inévitable parfois à assumer, un réflexe, un effort de comportement à privilégier: celui qui vise au débat d'idées, à l'examen critique sans l'agression des personnes: encore moins si elles sont proches. En l'occurrence, il est difficile de juger si les divergences pouvaient être contenues; mais il est patent que certains ont pris comme du plaisir et de l'excitation à les étaler.

Evidemment, le monde de la politique est contradictoire. Il associe des individus, les appelle à jouer en équipe, vante la camaraderie et même l'amitié. On y trouve souvent ces aspects. Mais il gonfle également l'ego, développe le narcissisme, accentue d'éléments irrationnels les rivalités et les conflits personnels. Il suffit d'un rien pour que de la première ambiance encore dominante, on verse dans la seconde. La saga autour de la mairie de Paris, sur fond de pratiques claniques discutables aujourd'hui révélées, est un bon exemple de ce triste retournement des attitudes.

Lorsqu'une telle crise, sous pression médiatique, ébranle un parti, les autres n'ont pas lieu de s'en réjouir; car c'est l'ensemble de la politique et des politiciens qui perd du crédit. Et c'est l'esprit de la démocratie qui se délite. Certes, on trouve l'équivalent dans tous les domaines d'activité. Mais on voudrait la politique exemplaire. Les agissements de basse qualité humaine n'en sont que plus corrosifs dans la société.

Le monde en général est dur. On le voit dans l'économie, même si des comportements attentifs à la personne humaine y sont encore nombreux. Ne tombons pas dans l'angélisme. Tout est contradictoire. Il faut l'accepter. Mais la vie personnelle et la vie collective ne garderont un équilibre supportable que si des règles de comportement inscrites dans le meilleur de notre héritage culturel, donc aussi spirituel, demeurent à l'honneur; en politique aussi, et même particulièrement.

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