La célébration du 1er Août ne remonte pas à la nuit des temps helvétiques. La qualification de jour férié est, elle, toute récente. Le contraste est saisissant avec les cérémonies du 14 Juillet à Paris, fût-ce sous la pluie. Mais il y a dans les feux allumés au cœur de plus de trois mille communes, dans les discours tenus une habitude qu'il serait faux de sous-estimer. Il y a lieu de se souvenir du début d'une histoire et de ressentir une appartenance commune. Ce sentiment unitaire a toujours lutté contre celui des particularités, des différences et des rivalités. Aujourd'hui, c'est le risque d'indifférence qui est le plus perceptible. Pour qui s'attache à l'histoire de ce pays, il est fascinant d'observer l'alternance entre la volonté d'unité et les tentations de division. Notre histoire est ponctuée de guerres civiles. Cela rend modeste et un peu circonspect dans le jugement porté sur les événements du monde actuel.

La volonté d'unité, il faut l'entretenir. Au cours de l'histoire suisse, il y a heureusement peu de moments où les divergences ont épousé les frontières linguistiques. En revanche, le poids et l'attraction de Zurich sont des problèmes séculaires posés à la Confédération. La tension entre Suisse alémanique et Suisse romande a été la plus forte durant la Première Guerre mondiale et a été le mieux résorbée durant la seconde. Aujourd'hui, c'est dans l'influence sur les décisions économiques que se marque un clivage; même si la Suisse romande a des entreprises de haute performance et si la place financière genevoise joue un rôle essentiel. Dans le domaine politique, il y a l'impact, en Suisse alémanique, de l'UDC blochérienne. Cela ne sera peut-être pas un phénomène de longue durée.

Il n'empêche qu'il faut être très attentif et cultiver avec soin les éléments de cohésion nationale et sociale. Il s'agit de culture politique, notre bien le plus précieux. Elle passe par l'esprit de la démocratie, la persistance d'un fédéralisme à régénérer, les conditions du dialogue dans le jeu politique et social. Il faut également un minimum d'accord sur l'essentiel. A cet égard, on ne peut éviter de se poser des questions sur la place de la Suisse dans la construction européenne, qui rencontre de gros obstacles mais est un fait capital en évolution constante. La votation de mars dernier sur l'initiative «Oui à l'Europe!» a créé des malentendus. Or, on peut voir loin tout en percevant les contradictions du moment entre des valeurs et des intérêts qui nous sont propres, d'une part; des positions de l'UE qui nous dérangent, d'autre part. Ainsi du fédéralisme, de la démocratie directe, de la protection de la sphère privée dans le domaine financier. Mais il importe de conjuguer clarté et subtilité afin de défendre ce qui fait partie de nous-mêmes tout en indiquant qu'à terme nous devrons faire partie d'un ensemble européen articulé dont le destin nous concernera de plus en plus.

L'exercice est difficile. Pour fortifier le présent et avancer vers l'avenir, il importe de garder notre attachement à ces hautes valeurs communes, fruit d'une longue histoire, et de raffermir les éléments d'équilibre assurant une cohésion nationale suffisante. De ce point de vue, une célébration du 1er Août en tous lieux de cette Confédération est bonne et belle chose.

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