Voici donc une nouvelle année commencée; notamment par un dramatique accident d'avion. On se demande dans quelle mesure et dans quel sens l'ordre du monde pourrait évoluer. Il y aurait bien des raisons d'avoir une appréciation très pessimiste. Or, sans croire du tout au progrès avec une majuscule, on peut convenir que, dans la tension dialectique entre critères qui déterminent le train des choses, s'est ouverte tout de même une chance de progrès dans la façon de faire l'histoire; et cela même si l'année écoulée a montré des exemples du contraire.

Expliquons-nous. Si l'on observe la manière dont les Etats nationaux se sont construits, il faut bien constater que ce fut largement par l'épée. Certains Etats plus que d'autres; la France plus que la Suisse. Les grandes figures du panthéon politique français sont des figures de conquérants: Louis XIV, Napoléon; ou de héros d'une reconquête: Jeanne d'Arc, Henri IV. Il est d'ailleurs curieux de voir la fierté que continuent de procurer aux Français un Louis XIV ou un Napoléon, alors qu'ils laissèrent leur pays épuisé: signe, déjà, que la seule dynamique de l'expansion provoque un retour du balancier, à un moment ou à un autre. Mais il est vrai, par exemple, que l'unité française est l'aboutissement d'un long effort, l'épée à la main; complété par une série de mariages de raison opportuns.

Certes, l'idée d'un droit naturel à respecter ou, plus précisément encore, d'un droit international auquel les nations devraient se soumettre, n'est pas une idée neuve. En réduction, l'histoire des alliances et des pactes entre les Confédérés suisses a bien une dimension de ce genre. C'est pourquoi l'histoire suisse, si on la regarde de près et que l'on surmonte son aridité, offre un déroulement captivant. Toutefois, il aura fallu la catastrophe de la Première Guerre mondiale pour qu'émerge vraiment l'idée d'une exigence: celle de la concertation et de la légitimité internationales. Il est vrai qu'aussitôt née, la Société des nations a été bousculée par les Etats totalitaires, jusqu'à sombrer. Mais l'ONU en fut sa fille, sur les décombres de la Seconde Guerre mondiale. Et même si les Etats-Unis, dans l'affaire irakienne, ont agi sans l'ONU, leur gêne, les critiques essuyées, leurs tentatives d'impliquer à nouveau l'organisation dans ce sac de nœuds montre ceci: au pire, on peut tourner le dos à la Communauté internationale sous sa forme légale, mais on ne peut pas l'ignorer durablement.

C'est donc bien là, dans cet espace de tensions morales, juridiques et politiques qu'un certain progrès peut tracer sa voie. C'est aussi dans une recherche de conformité à une paix juste au Proche-Orient que se situe l'Initiative de Genève.

Hier, à la Télévision romande, notre ambassadeur à New York auprès des Nations unies définissait une exigence pour la Suisse. Un grand pays peut, dans cette enceinte, dire parfois n'importe quoi, qui tente de justifier sa position. Un pays comme la Suisse ne sera écouté que si sa parole trouve la hauteur, la sagesse et l'objectivité qui fortifient les assises d'une Communauté internationale en charge d'un meilleur équilibre du monde.

Sans illusions, mais sans découragement, voici donc le chemin à suivre, vaille que vaille, tout au long de cette année.

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