La semaine prochaine, le Conseil national va se trouver devant un choix difficile. Doit-il discuter, article par article, du projet de révision de la loi sur la radio et la télévision? Ou bien doit-il renvoyer ce projet touffu au Conseil fédéral; avec mission d'élaborer un projet plus simple, dans un sens plus reconnaissable? Sacré dilemme!

Le groupe UDC et le groupe radical-libéral proposent un renvoi au Conseil fédéral. Si, chez l'UDC, l'intention est claire, elle l'est moins chez les radicaux – libéraux. L'UDC milite pour une ouverture du marché la plus grande possible au bénéfice des diffuseurs privés. Elle aimerait augmenter la part de ces derniers dans la redistribution du produit de la redevance. Elle s'insurge contre une protection excessive dont jouirait, à ses yeux, une SSR en large position de monopole. Pour ce qui est de la SSR, la loi devrait, en limitant son champ d'action, assurer plus et mieux une série de contrôles. Au vrai, une partie des radicaux, essentiellement alémaniques, réagit dans le même sens.

Avant tout, il y a des données à rappeler. La Suisse est un très petit marché médiatique; de plus découpé en régions. Il est donc illusoire d'imaginer une libéralisation maximale dans laquelle la SSR devrait tirer son épingle du jeu, à chances égales. Les tenants d'une libéralisation par un rétrécissement de la position SSR se trompent. L'enjeu ne tient pas aux parts de marché entre SSR et diffuseurs privés nationaux; il met aux prises diffuseurs nationaux (au premier chef la SSR avec son devoir national) et diffuseurs étrangers. Toutes les questions à débattre – fréquences distribuées, répartition sur le produit de la redevance, marges autorisées pour la publicité à la SSR, parrainage d'émissions et autres aspects de ce genre – devraient être analysées en regard de cet enjeu. Voulons-nous garantir une offre de qualité produite chez nous, sur tout le territoire national mais épousant nos régions? Ou nous résignons-nous à ce que la Suisse devienne, de plus en plus, un appendice territorial sur les marchés à conquérir pour les opérateurs étrangers, surtout privés?

Si l'option est la première, il y a deux éléments d'appréciation à considérer. L'étroitesse, les limites et les contraintes du marché suisse étant admises, comment faire vivre une SSR avec des programmes de qualité, de diversité et d'innovation? Eh bien, cela demande une certaine protection de sa situation, techniquement et financièrement. L'autre élément tient au couple liberté-responsabilité. La mission étant donnée par la concession, conçoit-on son accomplissement grâce au renforcement bureaucratiquement lourd des organes extérieurs de contrôle et de représentation? Ou bien le conçoit-on dans une large confiance donnée à la maison, donc aux journalistes et programmateurs, le principe de grande responsabilité étant fortement souligné?

La réponse devrait être dans cette confiance. La porte n'en serait pas fermée, pour autant, à un essor de diffuseurs suisses privés, ou localement publics, grâce à une plus grande libéralisation à moduler en leur faveur; diffuseurs avec certains desquels la SSR peut, d'ailleurs, collaborer.

C'est dans ce sens que l'on aimerait voir revenir un projet de loi allégée et clarifiée. Or, politiquement, rien n'est moins sûr.

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