La vie en commun implique de la tolérance envers autrui. Mais elle implique aussi de chacun des égards envers les autres. La phrase connue est bien juste, qui dit que ma liberté s'arrête là où commence celle de l'autre. Que de gens, dans les trains, dans un immeuble locatif, dans un restaurant qui pourraient méditer cette phrase, au lieu de ne se préoccuper que d'eux et de leurs aises, sans égard pour les voisins. Ce sont des observations, certes, anecdotiques, mais le comportement au quotidien indique, pour une part, le degré de cohésion d'une société.

Il n'y a pas si longtemps, une conseillère d'Etat genevoise, qui se trouve être en charge des écoles, était assise dans un bus à l'arrière duquel des jeunes s'étaient mis à crier, à s'insulter et même à se battre. Personne ne bougeait, notamment aucun des hommes présents, dans la force de l'âge. La magistrate, qui a du caractère et ne manque pas de courage, intervint très vivement et obtint aussitôt le retour au calme de ces adolescents sans doute peu habitués à rencontrer une attitude de fermeté. On aimerait bien qu'une telle attitude soit la règle dans les écoles, en dépit, parfois, des réactions de parents démissionnaires.

Mais, dans le registre de la lâcheté, il y a évidemment pire. On peut prêter peu d'attention aux faits divers et avoir, néanmoins, été frappé par un grave incident récent. Une jeune fille, bousculée puis violée par deux adolescents, tout près d'immeubles, appelle au secours. Personne ne bouge, sauf une dame pour hurler, de sa fenêtre, qu'elle se taise. Quelle indifférence et quelle lâcheté alentour. Anecdotique? Mais ceux qui ont fermé les yeux devant les débuts de totalitarismes n'étaient-ils pas les mêmes? Il n'y a pas de vie en commun digne de ce nom sans le courage d'apporter secours aux personnes menacées; avec des risques éventuels.

On va voter sur l'initiative UDC concernant l'asile. Elle est inacceptable dans son principe et inapplicable dans l'exécution. Il n'empêche que moins de gens se laisseraient aller aux amalgames réducteurs si les autorités de nos cantons et de nos cités avaient toujours réagi fermement et rapidement devant des abus flagrants, y compris des délits. Sans faire d'amalgame, d'ailleurs, il est temps que la fermeté envers les porteurs de troubles et d'insécurité, étrangers et indigènes, garantisse, précisément, cette sécurité des biens et des personnes à laquelle nous avons tous droit au premier chef. Lorsqu'elle n'existe plus assez, cela devrait être ressenti comme un scandale par tous les responsables politiques.

Il n'est pas question, pour autant, de vouloir une société aseptisée, où tout le monde serait aligné-couvert. Accepter des marginaux, sourire devant des exubérances et des extravagances de jeunes, se garder de juger la façon de vivre des gens, cultiver la tolérance dans le respect des libertés: autant d'exigences inhérentes à une société démocratique. Mais il y a des limites, des repères, des garanties et des comportements de solidarité qui sont essentiels et dont nous sommes tous responsables. En somme, il faut une tolérance qui ne soit pas une inconsistance polluée de lâcheté.

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