La paix, qui ne la veut? Tous, au Proche-Orient, ont le mot à la bouche. Ariel Sharon, bien élu par peu d'électeurs, a, là-dessus, son idée. Comme Ehud Barak avait la sienne. Et nombre de gouvernements – dont celui de la Suisse – ont fait à mauvais sort bon accueil en souhaitant au nouveau premier ministre israélien de contribuer à l'instauration de la paix entre Israël et tous ses voisins.

Ce serait le moment de s'interroger sur ce que suppose dans les faits et non pas seulement dans les discours la recherche d'une paix durable entre l'Etat d'Israël et, en tout premier lieu, les Palestiniens. Il ne suffit pas d'évoquer un vague pacte de non-belligérance. Ce serait, certes, un bien modeste pas en avant. De part et d'autre, le sang tarirait. La peur qui a porté Ariel Sharon au pouvoir et qui mine l'ascendant de Yasser Arafat sur ses troupes s'atténuerait faute de disparaître. Les images de la meurtrière Intifada et de sa brutale répression par Tsahal quitteraient les écrans des télévisions. Les cailloux de la violence resteraient au sol; les chars d'assaut regagneraient leurs hangars et les guerriers revêtiraient leurs habits civils.

Mais on serait encore loin du compte. L'auteur et instigateur d'Oradour proche-orientaux méprise férocement les Arabes. Ceux-ci le détestent. A plus de soixante-dix ans serait-il capable de se purger d'une animosité viscérale? Le nouveau premier ministre israélien – et c'est le moins que l'on puisse en dire – n'a jamais pris la mesure de l'injustice faite aux Palestiniens jusque dans les moindres aspects de leur vie quotidienne. On ne l'a pas entendu sur des sujets cruciaux tels que les spoliations et les vexations infligées à celles et ceux qui sont traités en «Untermenschen». On cherche en vain dans ses paroles trace d'une compréhension pour l'aspiration d'autrui à être considéré. Tout, jusqu'à maintenant, dessine l'image d'un homme enclin à la provocation et au coup de force.

Or, une paix digne de ce nom n'a d'autres fondements que la vérité, la justice, la solidarité et la liberté. L'établir sur la domination du plus fort sur le faible, sur la privation de droits fondamentaux, notamment dans les domaines social et économique, sur la négation de la libre disposition d'un peuple à l'intérieur de frontières sûres aboutit à l'échec. Toute l'histoire spirituelle d'Israël devrait inciter à fuir cette voie sans issue et à se tourner vers les seuls moyens de désamorcer à long terme les rancœurs, les rancunes et les cruautés auxquelles s'abandonnent les Palestiniens tant qu'ils ne sont pas reconnus dans leur dignité d'être humains égaux, libres et fraternels. Pour Israël, pas de sécurité ni d'avenir hors de ces réalités. Sans ces pierres angulaires, la maison commune sera toujours à la merci de flambées guerrières et de fureurs racistes. La communauté internationale et, en particulier, ceux qui, en son sein, disposent du poids de responsabilités mondiales ont à le faire comprendre au redoutable vieillard à cou de taureau.

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