Elle est la bonne à tout faire. L'armée suisse sera ainsi appelée à veiller sur l'Eurofoot 2007. Entre huit et dix mille jeunes gens joueront les nounous. Que cela leur plaise ou non, ils seront mis au service de ce que certains des organisateurs osent appeler sans rire la «grande fête du sport».

Tous les passionnés de football se préparent à vivre au tempo du championnat mondial. Cette colossale joute requiert l'attention des médias au point de reléguer parfois aux rangs les plus ténus l'information politique, économique et culturelle. D'aucuns s'en félicitent. Tel le président des Français. Il compte sur le Mondial, suivi des départs en vacances, pour faire oublier le feuilleton Clearstream. D'autres suivront autant les performances sur le terrain que les probables violences hors des stades. Ce sera le cas de Samuel Schmid et de son état-major.

Sur le chef du Département de la défense, de la protection de la population et des sports repose la responsabilité du bon déroulement de l'épreuve dont l'Autriche et la Suisse se partageront, l'année prochaine, les rencontres. Rude tâche. Alors qu'il est tant question d'allégement des charges de l'Etat, que l'entreprise privée est hissée au pavois, la Confédération ouvre toutes grandes les vannes en faveur d'une manifestation qui lui rapportera plus d'ennuis que d'avantages.

Il est permis de s'interroger sur la justification de telles dépenses publiques au moment où le social tire la langue. C'est à croire que la mésaventure d'Expo.02 n'a laissé aucune trace dans les mémoires. Les estimations vont se nicher autour des 100 millions de francs et personne n'exclut que cette somme sera dépassée. Le flou se porte bien.

Il y a l'argent, beaucoup d'argent; il y a aussi les hommes, et quelques femmes. Les cours de répétition 2007 ont été planifiés de telle façon que l'armée soit à la disposition des cantons qui en feraient la demande afin d'assurer une sécurité menacée par le hooliganisme. Des militaires seront utilisés à des tâches policières pour dépanner des gendarmeries débordées. Après avoir fait le pied de grue devant des ambassades, de braves gens, accomplissant sans barguigner leur période, se trouveront être les suppléants de gardiens de l'ordre, affrontés aux casseurs ivres de violence.

Ces soldats, qui sont autant de citoyens et contribuables, ne seraient-ils pas fondés à s'interroger sur le sens d'une telle tâche? Car il ne s'agit plus, ici, d'assurer la protection d'une réunion de chefs d'Etat et de gouvernement, comme ce fut le cas en mai 2003, en marge du G8. Les circonstances sont différentes. Au point que le gouvernement, auquel est dévolu le rôle de voiture-balai, devrait réfléchir à deux fois avant d'accepter la tenue en Suisse de compétitions sportives de nature à provoquer des troubles graves. Tant que la sagesse politique s'opposera à la création d'une force fédérale d'intervention, mieux vaudrait s'abstenir de confier à une armée de miliciens une mission qui lui est étrangère.

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