L'ATS communiquait hier: «L'Administration fédérale des douanes a pris du retard dans l'encaissement de la redevance poids lourds, le manque à gagner pour la Confédération devrait avoisiner les 40 millions par mois, seulement pour les camionneurs suisses.» Chiffre à multiplier bien entendu en incluant les camions étrangers! Pourtant, la RPLP a été votée il y a déjà deux ans, bien assez tôt pour se préparer à la percevoir.

Il y a un mois, le Contrôle fédéral des finances découvrait une surfacturation évaluée à 20 millions de francs dans les comptes de la FAREAS. Le Conseil d'Etat vaudois se dit surpris mais un ancien collaborateur de l'Administration avoue: «On avait le sentiment que la cheffe du service de prévoyance et d'aide sociale couvrait le directeur de la FAREAS de l'époque!» Le canton de Vaud doit donc rembourser aux résidents des EMS 26 millions, illicitement encaissés par l'Etat pour couvrir les frais non couverts par l'assurance maladie.

Il y a une semaine, c'était les salaires des directeurs généraux des CFF qui défrayaient la chronique: la délégation des finances du Parlement demande des comptes au Conseil fédéral sur les traitements versés aux cadres supérieurs des entreprises de la Confédération, et surtout sur les bonus éventuels permettant à ces employés de boucler leurs fins de mois pénibles.

Et la liste serait longue de tels exemples qui concernent des fautes d'appréciation grossières ou des erreurs de l'Administration. Comment s'étonner en conséquence que le bon peuple ne fasse plus confiance à ses politiques pour gérer le char de l'Etat, char dont la carrosserie, le châssis, le moteur et les quatre roues sont évidemment payés par les impôts des administrés. Le plus fort dans l'histoire, c'est qu'à entendre les politiques, l'Administration est un Etat dans l'Etat. Les reproches régulièrement avancés sont les suivants: lenteur, refus du changement, mauvaise volonté à traiter certains dossiers, parfois même malveillance ou tentative de sédition interne. Sans même tenir compte des cas extrêmes, les exécutifs semblent n'avoir plus de prise sur le corps administratif. Dès lors, les modernisations sont difficiles. Quoique communiquées à grand renfort de conférences de presse, on n'en voit pas les effets dans les prestations fournies.

Il devient donc urgent et indispensable de mettre en place un contrôle de qualité basé sur des critères d'évaluation clairement définis. Cette impulsion doit être donnée par le politique, quand bien même une telle décision ne lui rendrait pas la vie facile en interne, et pourrait même mettre en cause sa réélection. Les fonctionnaires sont nombreux, bien organisés, et soucieux de garder leur importance. Directement ou indirectement, ils représentent donc une force électorale non négligeable, ce qui explique sans doute comment on en est arrivé là.

Finalement, le peuple est en droit de se demander où est véritablement le pouvoir. Un grand nombre des élus de l'Exécutif, malgré leur évidente bonne volonté, sont désormais plus des politiciens que des responsables de dicastères. Le travail incessant qu'ils doivent fournir pour assurer leur visibilité dans un monde hyper médiatisé les pousse à déléguer leurs responsabilités internes à leurs chefs de service. Ceux-ci étant assurés d'une plus grande longévité et ayant un rôle moins exposé, ils acquièrent une influence de fait, d'autant plus dangereuse que ce sont souvent des hommes et des femmes d'excellente qualité. Ainsi dérive le système au point de porter atteinte à la crédibilité des pouvoirs légitimes et de nuire à l'efficacité que le peuple est en droit d'attendre de son administration.

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