Après la pénibilité du travail des enseignants, voilà celle des syndics et autres municipaux vaudois! Il paraît qu'ils sont presque cent par an à démissionner. Sachant que leur contrat ne dure par définition que quatre ans, c'est dire à quel point ces gens-là sont fragiles. A les entendre, il y aurait surcharge de travail pour des miliciens, en général actifs professionnellement. Et puis, la charge est devenue peu prestigieuse et on guette leurs moindres faux pas. En un mot comme en cent: ce métier-là ne nourrit plus son homme, ni sur le plan financier bien sûr, ni sur le plan de l'ego. Comme s'il leur avait fallu attendre d'être élus pour savoir cela: n'importe quel observateur un tant soit peu lucide sait que la chose politique a perdu l'essentiel de son lustre, et qu'on y avale désormais plus de couleuvres qu'on y glane de lauriers. Pour des gens qui se targuent d'être visionnaires, ceux qui démissionnent pour ces raisons-là ont vraiment tout faux.

Pour remédier à la situation, on voit poindre de nombreuses solutions, toutes aussi saugrenues les unes que les autres. Professionnaliser le métier de syndic par exemple, et ceci pour 384 communes dont beaucoup ne comptent que quelques centaines de foyers. On tombe à la renverse! Et puis, il faudra construire des locaux ad hoc, car il n'est pas imaginable que des professionnels travaillent chez eux, à la table de la cuisine, entre un gamin qui braille et un chien qui aboie, ce qui ne pouvait convenir qu'à des miliciens! Bonjour les économies… Les mêmes qui prônent ces mesures affirment qu'il n'y aura pas d'économies d'échelle en fusionnant les communes, puisque l'entier du travail est aujourd'hui bénévole!

Et c'est ainsi que, depuis dix ans, tous les phénomènes anticipés par les réformateurs de l'organisation territoriale se vérifient. Pourtant, à ce sujet, la Constituante vaudoise s'est encroûtée dans un statu quo absolu. Pas la moindre petite lucarne sur l'avenir! Il faut dire que les partis avaient soigneusement truffé leurs listes électorales de syndics et municipaux, véritable rempart humain contre les idées fusionnistes de quelques-uns… ces mêmes syndics et municipaux qui, demain, démissionneront en cours de mandat!

Le plus drôle est que, dans le même temps, nous votons sur l'adhésion à l'Europe. La quasi-totalité des édiles y est favorable! Là, pas d'états d'âme sur l'autonomie, la démocratie, le pouvoir de proximité, et tutti quanti. Et les citoyens qui renâclent sont tous des conservateurs frileux. Alors, sans ambages, il faut leur rétorquer qu'ils font preuve eux-mêmes de repli et de fermeture pour leur propre pays. Que lorsque leurs places ou leur illusion de pouvoir sont en jeu, alors ils se recroquevillent dans cette même attitude de nain de jardin qu'ils reprochent à leurs administrés concernant l'Europe. Je m'insurge contre le fait que nul ne les renvoie à leurs contradictions et à leurs arguments fallacieux, particulièrement au moment où ils se permettent, en nombre, de rendre leur tablier!

Avec ou sans le taux unique, l'autonomie communale mourra donc, tuée par ceux qui prétendent la défendre. Lui succédera un pouvoir cantonal dont on sait ce qu'il vaut appliqué aux problèmes de proximité. Si l'histoire aura tôt fait d'oublier ces cohortes de syndics d'un autre âge, le canton de Vaud, lui, souffrira longtemps de l'absence de communes fortes, d'autant qu'il s'agit d'un territoire d'une très grande variété dans sa géographie et dans ses mentalités. C'est ce qui fait son charme, bientôt ce qui faisait son charme!

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.