En juin dernier, le gratin socialiste européen se réunissait en forum pour discuter des mesures à prendre contre le populisme de droite. La démarche mériterait approbation si ce n'est sa focalisation sur le populisme «de droite» exclusivement, dont on parle déjà abondamment et que l'on dénonce de même. La gauche internationale serait sans doute plus efficace et plus crédible si elle se penchait aussi sur son propre populisme, puisque les deux sévissent, chacun dans son registre propre, et que les deux bloquent effectivement la réflexion et les processus politiques lorsqu'ils tentent d'éviter les simplifications.

Le Forum socialiste a conclu que l'origine du populisme est la peur: la peur des identités mises en péril par un monde plus tolérant, la peur de la modernisation de nos sociétés, la peur de l'immigration. Il est donc regrettable que les discussions n'aient porté que sur l'immigration, évitant la problématique identitaire de même que les craintes de la population face aux évolutions du monde moderne, car l'Assemblée aurait dû alors s'en prendre à ses propres discours. En présentant systématiquement l'économie comme responsable des injustices sociales, en affirmant que la richesse est toujours mal acquise, en dressant l'image de patrons uniquement soucieux de leurs profits, en défendant toujours les acquis plutôt que certaines évolutions pertinentes, et j'en passe, que fait la gauche sinon du populisme en jouant sur les haines et les jalousies?

Pourtant, à l'origine même du populisme, il y a les tabous qui empêchent le débat sur un nombre croissant de questions. C'est tellement plus rapide, plus pratique et moins dangereux de brandir des lieux communs en guise d'explications! On l'a d'ailleurs vu lors du vote d'Emmen: les Alémaniques étaient bien entendu des nationalistes blochériens, tous et toutes, dans un même sac! Ensuite, quand Versoix refuse un terrain aux gens du voyage, on fait semblant de tomber des nues. Ce n'est pas en évitant de parler ouvertement d'un malaise que le malaise disparaît. C'est sans doute ce que découvrait Pierre Aebi lors du Forum socialiste: «Pendant des années, nous n'avons pas voulu répondre à Christoph Blocher quand il parlait des étrangers, car nous craignions d'attiser la xénophobie en menant le débat. Mais c'était une erreur.» Comme si le débat pouvait attiser la xénophobie, surtout si ceux qui prennent voix ne sont justement pas des xénophobes!

Dans une interview récente, le professeur Martin Killias, criminologue réputé et socialiste convaincu, exprimait son souci d'une évacuation politique de la problématique de la sécurité (qu'elle soit liée ou non à l'immigration étrangère). Cela signifie donc que la population doit être entendue et qu'il faut lui apporter des réponses. Ces réponses ne sont pas obligatoirement celles de la xénophobie, du refoulement ou du parcage… mais l'absence de réponse induit une image d'indifférence et de laxisme tout aussi dangereuse.

Je ne croirais à l'utilité d'un forum sur le populisme que s'il était transversal droite-gauche, afin que chaque bord analyse et admette ses propres récupérations politiques de la peur légitime des citoyens. Le monde ne va pas si bien aujourd'hui qu'on puisse, sereinement, du haut de ses privilèges et de son pouvoir, affirmer que seul le populisme de droite est la cause de tous les maux. A moins que ce ne soit le comble du populisme!

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