Incapable de rembourser un prêt de 5 millions, et endettée pour 33 millions, Chavannes-près-Renens est mise sous contrôle de l'Etat. La nouvelle a fait l'effet d'une bombe. Pourtant, cela devait bien arriver à l'une ou l'autre de nos communes vaudoises! Que ce soit Chavannes, avec ses spécificités, qui ouvre le bal, ne doit pas nous empêcher de généraliser l'analyse. En effet, l'atomisation des communes, le poids toujours plus grand des charges qu'elles doivent assumer financièrement sans les avoir décidées ainsi, il faut bien l'avouer, que leur tendance exagérée à la dépense, rend leur survie difficile. Le plus grave, c'est que cette incapacité économique a des conséquences politiques, car il devient impossible de prétendre à l'autonomie lorsqu'on tend la main.

Le sujet mérite qu'on s'y attarde un peu. En effet, Chavannes-près-Renens compte 5600 âmes, et une moyenne de 2200 francs par habitant de rentrées d'impôt, personnes morales incluses. Le calcul est vite fait: la dette correspond à 2,7 fois l'impôt annuel. Ajoutons à cela que les charges du ménage courant de la commune dépassent largement ses revenus! Le gouffre ne fait donc que s'accroître et les perspectives de remboursement sont nulles. Reste donc à fusionner, mais qui voudrait d'une fiancée aussi mal dotée? La nouvelle Constitution vaudoise prévoit bien une incitation financière de l'Etat aux fusions de communes. Mais, comment rêver à des largesses puisque le canton de Vaud (602 000 habitants, 8 milliards de dettes et un impôt moyen de 3600 francs) est encore plus endetté, puisque ce qu'il doit correspond à 3,9 fois le montant total de l'impôt. Le prétendu sauveteur est donc dans une situation pire que la commune qu'il doit mettre sous tutelle. C'est un comble!

Il y a plusieurs morales à cette histoire: tout d'abord, la dette, quand on la constitue, donne l'illusion de la liberté parce qu'elle permet d'entreprendre. Mais, très vite, elle entrave toute décision et correspond au contraire à une privation de liberté. Deuxième morale: l'Etat, en charge de la surveillance des communes, se doit de donner l'exemple, au risque de faire sourire. Troisième morale: à force d'attendre, de se faire tirer l'oreille, de défendre leur pré carré, beaucoup de communes vaudoises vont devoir fusionner dans l'urgence et sans logique. Bonjour la vision politique! Quatrième morale: ne faut-il pas interdire à toute collectivité publique, à quelque niveau de pouvoir que ce soit, de présenter des frais de fonctionnement supérieurs à ses revenus? Les citoyens approuveraient, eux qui, sauf exception marginale, sont obligés de faire ainsi. Cinquième morale: priée de reporter le remboursement contractuel de son prêt, la banque de Chavannes-près-Renens est restée insensible. Comment lui en vouloir? Le jour où les banques créancières changeront leur rating, ou exigeront d'être remboursées, démantèlera-t-on le canton de Vaud comme on le propose pour Chavannes-près-Renens, ou le fusionnera-t-on… avec Genève!

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